Étiquette : roman d’apprentissage

Les rêves de Pauline de Christophe Donner

– Mille pétales ! Quelle chance tu as de pouvoir rêver des choses pareilles !

Les rêves de pauline de chris donnerAu royaume des abeilles, une nouvelle est née. Pauline. Elle ressemble en tout point à ses congénères : petites antennes, corps rayé, enfin presque. Etonnamment, elle est née sans ailes. Les docteurs intrigués l’auscultent à la recherche du moindre prémisse d’une aile. Avec l’allure d’une fourmi, c’est bien difficile de se faire accepter. Alertée par cet étrange phénomène, la reine mère se porte au chevet de celle qui deviendra sa protégée. Chaque jour passe doucettement pour la petite abeille, qui a sa propre alvéole aménagée confortablement. Choyée pour l’aider à guérir, elle se nourrit de gelée royale et de pain d’épices.  La reine mère l’y rejoint chaque jour ainsi que les docteurs, mais ces visites médicales ne tardent pas à s’espacer pour finalement prendre fin. Seule la reine continue de rejoindre chaque jour Pauline, qui si elle n’a pas d’ailes, et possède le pouvoir de faire des rêves merveilleux …

C’est un bon petit roman que voilà pour nos apprentis lecteurs ou ceux qui aiment déjà lire tout seul ! 80 pages d’une belle aventure, où se mêle émotions et réflexion. Car si Pauline est différente, et semble profiter d’un certain cocoon après de la reine, peu lui est épargné. Elle se confronte au rejet, à l’intolérance, et aux difficultés de la vie d’une petite abeille qui doit s’intégrer et trouver sa place.
Cette jolie histoire révèle aussi les facéties de l’imagination, Chris Donner n’hésitant pas à faire quelques petits clins d’oeil à ses lecteurs, en leur montrant le pouvoir de l’écriture, qui peut s’inspirer aussi du quotidien et le magnifier. Pauline soupçonne fortement que quelqu’un écrit ses histoires, ces petites allusions apportent un sourire complice aux enfants.
Petit ode aux rêves et à l’imagination pour nos chérubins, cette histoire joliment écrite se conclut avec malice.

Les Rêves de Pauline
Chris Donner
Ecole des Loisirs. Collection « Mouche ».
80 pages. 7€. ISBN : 978-2-211-090-76-6

imageA voir
le site de l’Ecole des loisirs
le site de Christopher Donner

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Meurtres au manoir de Willa Marsh

La nouvelle tisane qu’elles l’ont convaincue de boire juste avant d’aller au lit fait des merveilles. Comme beaucoup de gens, Clarissa croit que n’importe quel produit à base de plantes et de fleurs ne peut qu’être inoffensif.

Meurtres_au_manoir_will_marshAvec son humour noir qui fait mouche, Willa Marsh compte parmi ces auteurs britanniques à la plume acérée dont la lecture est un délice. Avec Meurtres au manoir, Willa Marsh récidive dans cette veine que ses lecteurs aiment tant. Causticité, intrigue piquante et à suspens, personnages décalés mais miroirs de certaines parts de nous-mêmes, tous ces ingrédients sont au rendez-vous pour un cocktail plein de saveurs placé cette fois-ci sous le signe de l’étrange.

Tout d’abord, nous faisons connaissance avec Clarissa, une jeune londonienne, qui s’ennuie et ne rêve que de rencontrer celui qui fera d’elle une sorte de joyau social qu’envierait toutes ses amies. Car l’envie est au cœur de ce roman, que ce soit l’appétence pour les biens matériels, la réalisation des chimères les plus folles ou encore la faiblesse pour le sexe opposé. Ce portrait ainsi dressé pourrait nous faire redouter une bluette sentimentale avec une jeune godiche écervelée. Mais ce serait sans compter sur Willa Marsh ! Clarissa rencontre effectivement celui qui lui ouvrir les portes de son cœur mais surtout de son manoir, Thomas, jeune veuf quadragénaire, dont feu madame, perpétuellement malade, a rendu sa vie bien morne malgré sa douceur. Aussi lorsque la pétillante jeune femme apporte quelques couleurs à sa vie, il ne tarde pas à l’épouser.

Ce premier round ouvre le bal d’une lutte acharnée pour ce manoir, si attirant et pourtant si étrange. Mais peu importe pour Clarissa que celui-ci soit livré avec deux tantes, charmantes et délicieuses conspiratrices et une jeune fille prête à rentrer dans les ordres et dotée de pouvoirs ésotériques …  Ambiance bucolique à la campagne ? Le boisé referme des secrets et des rites ancestraux … Un petit manoir so british pour goûter à la douceur familiale ? Oh oui, d’ailleurs, c’est bien toute la famille, vifs ou morts, qui s’y retrouvent … Autour de lui se révèlent les aspirations de chacun qui tente de mettre le grappin dessus ! Stratégies aux multiples plans, alliances et trahisons diverses, rites loufoques, mystérieux breuvages, il devient le lieu d’un véritable échiquier vivant qui aurait pour devise « A manipulateur, manipulateur et demi ». Véritable récit à suspense, Willa Marsh garde sa botte secrète bien au chaud, laissant le lecteur se demander pantois, qui pourra bien tirer son épingle de ce jeu de dupe …

Aux frontières du polar et du fantastique, ce roman très rythmé, au style vif et alerte, vous embarquera pour une séance de lecture non-stop, je vous le recommande chaudement.

Meurtres au manoir.
Willa Marsh.
Editions Autrement. Collection « Littératures ».
274 p. 19€. ISBN : 978-2-7467-3046-5

 A voir !

Le site de Willa Marsh
Le site des éditions Autrement
La critique du Journal d’Amy Wingate

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Les Règles du jeu, d’Amour Towles

Il n’y a rien de bien original à comparer une personne à un caméléon, par quoi on entend quelqu’un qui peut changer de couleur selon son environnement. En fait, rares, sont ceux qui en sont capables. En revanche, il existe des dizaines de milliers de papillons – d’hommes et de femmes comme Eve dotés de deux livrées complètement différentes – l’une pour attirer, l’autre pour se camoufler – et susceptibles de se changer en une seconde, d’un simple battement d’ailes.

Les règles du jeu amour towles

31 décembre 1937, au cœur du Greenwich village, Katey et Eve, deux tourbillonnantes colocataires, décident de sortir et de s’encanailler en cette vieille de Saint-Sylvestre. Peut-être de charmants garçons leur offriront une agréable compagnie et quelques martinis. Elles rencontrent dans un club de jazz à la mode, Tinker Bell, banquier de son état, plutôt friquet et un brin mal à l’aise en ce lieu. Les trois compères sympathisent et cette nouvelle année bouleversera leur vie. Car si Tinker semble appartenir à cette jeunesse aisée, Katey et Eve aspirent à rejoindre les cercles dorés des privilégiés. Katey, trentenaire et dactylo dans un cabinet d’avocats recherche des jours meilleurs au cœur de ce Wall Street palpitant. Cette soudaine rencontre avec Tinker offre aux deux jeunes femmes l’espoir de se rapprocher des cercles dorés. Katey n’est pas insensible au charme de Tinker, qui apprécie l’humour et l’esprit de cette jeune femme qui cache ses origines modestes derrière cette verve mordante. Eve, quant à elle, brille par sa fantaisie et son spontané. Les deux jeunes femmes savent bien que les règles du jeu du trio changeront. Mais elles n’imaginent pas encore que cela soit si abruptement lors d’un accident de voiture. 1938 modifie la donne, chacun devra faire face à ses fragilités, à ses failles mais aussi à ses mensonges.

Une ambiance de l’entre-deux-guerres jazzy dans un New York en perpétuel éveil … Un air de Francis Scott Fitzgerald ? Son évocation poursuit l’auteur et celui-ci n’a pas à rougir de la comparaison, même si celle-ci peut peser sur les épaules d’un écrivain ! Amor Towles ressuscite d’une main de maître cette belle époque dans un premier roman rafraîchissant et divertissant. Il mène son intrigue avec progression et efficacité. Les dialogues sont jubilatoires et incisifs, l’ensemble équilibré et les descriptions font appel à tous vos sens. Towles donne également une consistance certaine à ses personnages, riches en complexité et aspirations, dans une ville non moins paradoxale, acceptant le melting-pot mais s’arc-boutant également sur l’appartenance sociale. Décortiquant celles-ci, il offre un portrait cinglant d’une génération qui chercha un sens dans la réussite, quitte à se compromettre, derrière the rules of civility. Et une mention spéciale pour la référence à Thoreau et son Walden ou la vie dans les bois.

Les Règles du Jeu a été récompensé du Prix Fitzgerald 2012. En espérant que Towles sera confirmé la vivacité et l’énergie de ce premier roman … Ce que vous pourrez découvrir si vous vous lancez dans la lecture de e-book Eve in Hollywood

Les Règles du Jeu.
Amor Towles
Albin Michel.
512 p. 23,20€. ISBN : 9782226239983

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Sexy de Joyce Carol Oates

On n’aurait pas pensé que son coeur battait à l’intérieur de sa poitrine sous ses muscles tendus, et qu’il avait la peur au ventre à l’idée de rater. Quand il était avec ses copains, il paraissait confiant, souriant et sûr de lui. Même sur le plongeoir le plus haut, il avait une expression calme, imperturbable. C’était probablement l’impression que Darren Flynn donnait de lui aux autres. Il fallait cacher tellement de choses! »

sexy-joyce-carol-oatesDeuxième lecture de cet auteur et la finesse de sa plume me plaît toujours autant.
Lu en parallèle avec Les Carnets de Lily B., les deux ouvrages forment un diptyque complémentaire, car ils abordent
l’adolescence du point de vue féminin et masculin.

Un dénominateur commun comme souvent dans cette littérature : le mal-être. A la fois physique et psychique, car nos deux héros, 15 et 16 ans respectivement, sont
confrontés à cette étape délicate de l’acceptation de soi mais aussi des autres.

Mal-être physique chez la jeune fille qui se trouve peu désirable en raison d’une cicatrice en forme de trèfle sur la tempe qui la pousse dans ses retranchements
sur un air de mieux vaut être belle et re-belle, que moche et re-moche (dixit Lily), tandis que Darren, héros Sexy de Joyce Carol Oates, ne
contrôle pas son image de jeune homme séduisant et séducteur malgré lui, ce qui n’est pas sans incidence.
Mais contrairement aux Carnets de Lily B. qui s’adresse avant tout aux lecteurs de l’âge de l’héroïne, 15 ans, ce  Sexy est plutôt destiné aux jeunes adultes par la gravité du sujet et la maturité nécessaire pour en comprendre les subtilités.
Darren est un nageur émérite qui comme tout sportif ne doit pas se contenter de ses performances en piscine pour obtenir une bourse.

 Voilà ce qu’il doit dépasser pour devenir ce bon élève qu’attendent ses professeurs. Voyant en lui un élève attachant et fondant sur sa personnalité de réels
espoirs d’amélioration, ceux-ci n’hésitent pas à lui donner un coup de pouce.
La pression familiale, Darren connaît. également. Entre un père qui souhaite
réaliser à travers son fils, ce qu’il n’a pu vivre lui-même, et un grand frère aimant jouer les gros durs, rouler des mécaniques et qui craint que l’affabilité de Darren cache une mollesse de caractère, voire une homosexualité.

Darren séduit ce qui le déstabilise, d’autant plus quand il se rend compte qu’il attire également certains hommes.
M Tracy lui propose de rendre un nouveau devoir, conscient que leur discussion précédente est une des raisons de ce devoir de piètre qualité. Darren refuse ce  « traitement de faveur ». Car il est conscient de sa propre responsabilité dans la réalisation de ce devoir. Cette maturité de Darren est une constante de ce roman. Pendant ce temps, un vent de  révolte souffle du côté des nageurs. Soit-disant « sacqué » par ledit Tracy, Kevin Pyne, un des nageurs qui a plagié son dernier devoir, décide dès lors de se venger du professeur à l’origine de son  exclusion. Un plan machiavélique se met en place sous les yeux de Darren et du lecteur. Adulé des jeunes filles de sa classe pour son esprit et son  intelligence, M Tracy sera attaqué sur des « apparences » défavorables. L’un va le trouver efféminé, alors qu’un autre se souvient qu’il assiste à l’ensemble des compétitions du club de natation :  la rumeur est trouvée. M Tracy serait homosexuel et pédophile. Une lettre anonyme est envoyée au proviseur. La réputation de Tracy en souffre instantanément. 

Sexy,
Joyce Carol Oates
Editions Thierry Magnier. Collection « Scripto »
222 pages. 9,90€. ISBN : 978-2-07-057468-1            

A voir !


Le site des Editions Thierry Magnier

                    

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Cosmofobia, de Lucia Etxebarria.

On ne reçoit rien de la vie si on n’identifie pas d’abord son Désir. Mais la plupart des hommes et des femmes ne savent pas bien quel est leur Désir, c’est pourquoi il leur échappe.
Ils s’égarent dans de faux désirs, ils croient désirer une voiture ou une maison ou la célébrité ou l’amour d’une femme, mais ce ne sont pas leurs désirs véritables. Par exemple, il y a des hommes qui ne désirent une femme que parce qu’elle est convoitée par d’autres hommes, et non par amour. Et ils font le mauvais choix, celui de la femme qui ne leur était pas destinée.
Il arrive aussi, dans le monde occidental, que beaucoup croient désirer ce que la publicité leur a en fait mis dans la tête. Mais le vrai Désir est une chose plus profonde, qui fait partie de la vie de chacun de nous. Et nous devons très tôt l’identifier, pour nous concentrer sur sa quête.

cosmofobia-EtxebarriaNous jouissons du temps sans compter, et ce qui est triste, c’est que nous ne commençons à comprendre ce qui est important que lorsque notre corps ne peut plus nous le procurer. Ce livre nous présente une galerie de portraits assez haute en couleurs, dans un petit quartier de Madrid, Lavapiès, où se croisent  personnalités et rêves variés. A travers ce véritable portrait d’une société multiculturelle, Lucia Etxebarria nous montre que l’interculturalité ne va pas de soi. En effet, derrière ces deux termes si couramment employés, multiculturalité et interculturalité, deux notions différentes coexistent ou s’entrechoquent. Tel qu’à Lavapiès, quartier assez représentatif d’un quartier cosmopolite de grande métropole, la diversité culturelle n’est pas gage d’une vie en communauté sereine. Chacun se côtoie mais des séparations ou des tensions subsistent derrière une apparente mixité culturelle. Mais Cosmofobia n’est pas que cela. C’est également une chronique sociale trépidante, une toile impressionniste de la jeunesse madrilène, qui avec ses rêves et ses illusions, grandit dans un Madrid en perpétuelle mutation. Assez vite, le propos de Lucia Etxebarria revêt une certaine universalité. Entre auberge espagnole pour les personnages et Amélie poulain pour la vie de quartier, ce roman, écrit avec finesse et précision, nous projette littéralement dans Madrid et ses ambiances.

A voir !
Le site des Editions Héloïse d’Ormesson

Cosmofobia.
Lucia Etxeberria.
Editions Héloïse d’Ormesson.
382 pages. 23€. ISBN : 978-2-35087-052-6

 

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