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584 ! La Rentrée littéraire est en marche !

584, n’est pas le nom d’un nouveau jeu pour téléphone portable ! C’est le nombre de parutions que nous offre cette rentrée littéraire … pleine de très belles surprises en littérature étrangère.
Dans cette jungle, voici une première sélection, préparée hier  et livrée avec une joie suprême après  de gros problèmes de débit (merci El nino et les tempêtes de ce week end), ce qui me permit toutefois de préparer plus en profondeur cette rentrée littéraire et mes choix de lecture 🙂

Trois thématiques particulièrement fortes se dégagent pour cette rentrée 2015 : le chaos social, la satire, le poids des racines. Des thèmes sombres s’il en est mais qui offrent différents points de vue et traitements a priori complémentaires. Petit tour d’horizon du bookathon 🙂

Un monde au vitriol …

zone_d'intérête_martin_amisTout d’abord, le retour de Martin Amis avec son subversif Zone d’Intérêt, où l’histoire d’un amour ou disons d’une séduction, d’un jeune militaire épris de la femme du commandant de son camp. Cela pourrait sentir le rose bonbon, si ce n’était que la scène se passe à Auschwitz et que Martin Amis distille à travers ce cadre une critique satirique du régime nazi, de l’exacerbation de leur virilité alors même que l’horreur est en marche comme en témoigne le personnage du Juif Szmul, rattaché aux Sonderkommandos. Il s’agit du 2e ouvrage que Martin Amis consacre à la Shoah après la Flèche du Temps.                   **** *****************************************************************

encore_hakan_gundayAvec Encore, Hakan Günday, comparé à Louis-Ferdinand Céline, couronne son entrée parmi les écrivains prestigieux de la littérature turque avec un roman choc qui sort des clous de la bien-pensance, en nous livrant ici un roman cru et réaliste sur les passeurs. L’histoire se déroule à travers les yeux de Gaza, fils de l’un de ces trafiquants, appelé à vivre inexorablement un véritable enfer  dans ce monde de domination et d’exploitation.

 

moi-contre-les-etats-unis-d-amerique_paul_beattyMoi contre les Etats-Unis d’Amérique, titre programmatique et provoquant de Paul Beatty, nous entraîne aux côtés d’un héros barré, qui a tenté de rétablir l’esclavage et la ségrégation dans sa petite ville … de Dickens. Conçu comme un plaidoyer, ne vous fiez pas aux apparences, cette satire politiquement incorrecte et cinglante vous offre une véritable lecture piégée !

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russendisko_kaminerRoman autobiographique, Russendisko, apporte une touche d’humour grinçant en nous faisant découvrir Berlin au début des années 1990, juste après la chute du Mur. Ces courtes chroniques dépeignent une cité accueillante où tout à chacun, quelque que soit ses intentions, son avidité, sa volonté de réussite pouvait espérer s’intégrer à force de clichés ou de passe-droits. Wladimir Kaminer fait partie de l’avant-garde littéraire allemande, ce roman a été initialement publié en 2000.                   **** *******************************************************************************

9782267027679 (1)Dans Montecristo, Martin Suter s’attaque au monde de la finance suisse. Roman psychologique, social, thriller, nombreux sont les genres qui pourraient lui être apposés, tant l’écrivain réalise un travail de documentation et de narration conséquent. Deux billets de banque avec le même numéro, un accident de voyageur, voici  Jonas un quadra désabusé, qui endosse alors le rôle d’enquêteur pour mieux pouvoir réaliser son rêve : réaliser son film Montecristo. Suspense et frayeur économique sont au rendez-vous !                **** *******************************************************************************

mais découvrez aussi, Soundtrack, de Furukawa Hideo récit post-moderne et dysphorique sur un Japon tiraillé par ses traditions, les vagues d’immigration, le réchauffement climatique dans un Tokyo oppressant et déshumanisant. Tout cru d’Arnon Grunberg est un portrait caustique et féroce d’un économiste revendiquant son « individualisme radical », coincé dans une vie amoureuse qu’il ne contrôle pas. Pédant, antipathique, en un mot odieux, mais se laissera-t-il amadoué / manipulé ? Avant la fête nous conte tel un récit merveilleux et étrange l’histoire d’un petit village allemand, dont la vie s’organise autour de la Fête Ste Anne. Tout ceci semblerait aseptisé s’il n’y avait pas le bûcher, sur lequel chaque année une jeune fille est sacrifiée. Cette année, c’est Anna, qui loin d’être terrorisée, passe sa dernière soirée à paisiblement ainsi que tous les membres du village. Sasa Stanisic dépeint une nuit des possibles dans un texte piégé aux multiples références : conte, merveilleux, roman médiéval.

Au coeur du chaos social

9782714458650_tout_ce_qui_est_solide_se_dissout_dans_l_air

Un premier roman audacieux et très prometteur nous transporte au 26 avril 1986 à Tchernobyl. Darrach McKeon est un de ces nouveaux auteurs sur lesquels il faudra certainement compter dans les années à venir. Salué par ses compatriotes Colum Mccann et Calm Toibin, l’irlandais nous fait marcher aux côtés d’une journaliste dissidente et de Grigory Brovkin, chirurgien de son état témoigne au plus proche de cette tragédie dont le traitement amateur provoqua une des catastrophes sanitaires la plus terrible après Hiroshima et Nagasaki.  Tout ce qui est solide se dissout dans l’air est un des livres coups de poing de cette rentrée littéraire.

9782213686318_Six_jours_Ryan_GattisSix jours de 1992 à Los Angeles. En plein émeute. Ryan Gattis s’attelle à cette semaine qui laisse une cicatrice dans l’histoire et dans la ville même de Los Angeles. Après le passage à tabac de Rodney King par la police, une véritable guérilla  s’enclenche entre les différents gangs de l’immense cité californienne. Durant ces six jours, la Garde nationale et les Marines ont été sur le terrain pour endiguer ce qui pourrait devenir très rapidement une guerre civile. C’est ce temps de bascule que Gattis nous invite à examiner avec profondeur. La matière conduisit Gattis à prendre le parti d’un roman choral pour refléter si cela est bien possible l’extrême diversité culturelle de cette ville aux mille visages.

9782330053024_neverhome_laird_huntAprès Les Bonnes gens, où il explorait la guerre civile du côté d’une veuve blanche qui va subir la vengeance de ses deux esclaves, Laird Hunt nous offre un autre portrait de femme forte dans Neverhome. Constance devient « Ash » (cendre en anglais) lors d’une promesse particulière faite sur la tombe de sa mère, lors de laquelle elle décide de partir à la guerre, déguisée en homme, à la place de son mari, parce que c’est la plus forte, celle qui pourra tenir sur les champs de bataille.
Un roman profond sur l’engagement.**************************************  ****************************************************************************

Pêchés_Capitaux_Jim_HarrisonLe nouveau Jim Harrison est arrivé, avec un nouveau faux roman policier, Péchés capitaux,  après Grand Maître en 2012. Dans cette suite, on retrouve bien évidemment l’inspecteur Sanderson désormais à la retraite, qui devra se confronter à ses propres vices destructeurs, alcool et sexe, mais également à ceux de ces contemporains à travers une série de meurtres inexpliqués. Cette violence, socle de la fondation des Etats-Unis, qui pourrait bien sonner leur glas également.**************************************  ****************************************************************************

 9782702440995_de_si_parfaites_epouses_lori_royDe si parfaits épouses rejoint le bataillon des ouvrages traitant d’une Amérique sclérosée par son puritanisme en nous transportant en 1958. Une jeune femme, Elisabeth, a disparu, alors que quelques jours plutôt une femme noire a été retrouvée morte. Ces deux évènements secouent ce quartier qui ne voit pas forcément d’un bon oeil l’arrivée de familles noires, « perturbant » un équilibre instable alors que les usines ferment. Une atmosphère pesante pour un roman de société très noir. C’est le deuxième roman de Lori Roy.
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9782070145454_une_antigone_à_khandaharPortrait d’une femme forte n’obéissant qu’à la loi familiale et bien décidée à récupérer le corps de son fils dans Une Antigone à Kandahar de Joydeep Roy-Bhattacharya. Cette femme est pachtoune. Elle est en burqa et en fauteuil roulant. Ceux qui détiennent le corps de son fils sont des soldats américains. Nous sommes à Kandahar. Peu d’actions dans ce roman, mais une très grande intensité théâtrale dans ce dialogue entre cette femme et les soldats aux allures de tragédie grecque. Chacun, tour à tour, expose son choix, entre la vie et la liberté, leurs histoires, leurs attentes. Une véritable rencontre de l’autre, sans partie pris.

mais lisez aussi J’ai vu un homme d’Owen Sheers, où un étranger pénètre dans une maison à la recherche de son identité dans un thriller efficace ; Le Maître des apparences de Jane Gardam, faux mémoire de Sir edward Feathers, ancien avocat anglais, entre chute de l’Empire britannique et marmelade dans un roman so british ; Le Quartier américain de Jabbour Douaihy, portrait de Tripoli, ville autrefois multiconfessionnelle et désormais en proie également à l’intégrisme,  à travers son quartier « américain » qui n’en a que le nom et Intissar, une mère à la recherche de son fils. L’huis clos caractérise également Le Silence des bombes, de Jason Hewitt, avec une rencontre étonnante et fraternelle entre un allemand et une petite fille anglaise dans le Suffolk en pleine Seconde Guerre mondiale. Les Transparents d’Ondjaki chante tout en poésie un immeuble curieux, où les habitants, gens simples, savent s’effacer au point de devenir transparent à l’image Odonato, pour atteindre leur rêve, alors même qu’autour d’eux, hommes d’affaires et de pouvoir, image de la transition, s’agitent toujours mieux autour des richesses naturelles du pays

Des racines et des hommes

9782267028782_délivrances_toni_morrisonJ’attendais depuis Home en 2012, un nouvel opus de Toni Morrison et désormais mon voeu est exaucé avec Délivrancesun roman grave et lumineux sur une enfance laissée pour compte, car Lulu Ann, devenue Bride adulte, a dû se construire seule, sans l’amour de sa mère, dans un monde dur et froid d’adulte. Sans enfance, elle saura tout de même puiser en elle toutes sortes de ressources pour exister dans son propre regard. A priori, encore un roman d’une rare intensité et d’une grande acuité sur les laissés pour compte aux Etas-Unis.                   **** *******************************************************************************

9782330053000_&Fils_David_GilbertDans &Fils, David Gilbert se penche quant à lui aux relations père-fils dans un objet littéraire non identifié, à la fois roman et essai performatif sur la création littéraire, où l’art de repousser les limites de la fiction dans un roman évoquant à la fois l’adolescence mais aussi la transmission, avec ce père, Andrew N Dyer, grand romancier, qui décide de réunir ses deux fils dans une ultime tentative de rapprochement avec un demi-frère jusque là inconnu.                   **** *******************************************************************************

9782226318121_tous_nos_noms_dinaw_mengestuDinaw Mengestu  fait partie de cette nouvelle génération d’écrivains afro-américains (né en Ethiopie mais ayant grandi aux Etats-Unis), qui explore et questionne avec ces doubles identités à la fois leur patrimoine culturel africain et leur culture américaine. Dans Tous nos noms, son troisième roman, il illustre la question des racines à travers le portrait de ces Africains émigrés aux USA, emplis d’idées et de révoltes estudiantines alors que la mixité raciale est encore très mal vu.                   **** *******************************************************************************

9782226318138_barnabas_kane_neige_noireAvec La Neige noire, Paul Lynch semble confirmer la place qu’il s’est fait avec son premier roman Un Ciel rouge. Ici nous parcourons la rude et abrupte Irlande et pénétrons au coeur d’une communauté renfermée sur elle-même, à laquelle se frotte la famille Kane. Revenus des Etats-Unis, où ils avaient migré un temps, leur réintégration ne se passe pas sans heurts. Leur ferme est retrouvée brûlée. Accident ou acte délibéré ? L’entre-deux dans lequel ils se situent, ni tout à fait du cru, ni tout à fait étranger, entraîne de nombreuses déconvenues … Barbanas Kane va devoir choisir alors même qu’un secret surgit.

9782021224801_un_cheval_entre_dans_un_bar_david_grossmanAprès Une Femme fuyant l’annonce qui lui valut le prix Médicis en 2011, David Grossman reprend dans Un Cheval entre dans un bar  pour personnage principal un humoriste, qu’il met en scène dans un spectacle de stand-up. Dovalé G. est comédien, plutôt spécialisé dans un humour salace et peu politiquement correct. Lors de cette soirée particulière, il brisera les codes du genre, en laissant tomber, bien malgré lui, le masque du comique, pour montrer son vrai visage, celui d’un homme blessé, hanté par la culpabilité depuis la mort de ses parents.                   **** *******************************************************************************

mais également, Plus doux que la solitude de Yiyun Li, qui scelle le destin de quatre adolescents sur la Place Tien’anmen, L’Ange de l’oubli de Maja Haderlap, sur les ravages de la Seconde guerre mondiale dans une petite province slovène en Autriche, la Carinthie, entre nécessité de se reconstruire et volonté de témoigner. Comment une fillette peut-elle grandir avec un tel héritage entre suspicions et guerre froide ?   La survie est également le propos de Jon Kalman Stefansson. D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds, nous emmène au coeur d’un mythe famillial en Islande à travers trois générations

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Ainsi soit elle

Un petit clin d’oeil pour cette journée, avec deux romans graphiques que j’affectionne particulièrement et de la musique !

benoite_groult_catelTout d’abord, la biographie de Benoîte Groult par Catel et Bocquer. Ce que j’aime dans cette bande dessinée, c’est non seulement la vie passionnante de Benoîte Groult par Benoîte Groult elle-même, mais c’est aussi l’histoire d’une rencontre, entre une des pionnières du féminisme en France et une dessinatrice de talent, Catel. Lorsque Catel contacte Benoîte Groult en lui expliquant son projet bio-graphique, elle a déjà publié le très remarqué et excellent Olympes de Gouges et Kiki de Montparnasse.
Il s’agit aussi de convaincre la grande dame de se prêter au jeu, elle qui voit en la bande dessinée une certaine « sous-culture ». C’est donc la sincérité, le talent et l’approche sans fard de Catel qui la convainc de se lancer dans le projet. Plusieurs rencontres, mises en abîme dans le roman, montre la complicité croissante et émouvante entre elles deux, que l’on peut percevoir le sourire aux lèvres au premier regard posé sur la couverture du roman !

Les amoureux du travail de Catel (dont je fais partie), devront patienter jusqu’en 2016 pour découvrir Josephine Baker, son nouveau projet bio-graphique dont elle partage quelques esquisses sur son blog. En attendant, je vous inviter à voir cette courte vidéo, dans laquelle Catel et Jean-Louis Bocquet, expliquent leur travail de création autour d’Olympe de Gouges


Making of – Olympe de Gouges par Catel & Bocquet par EditionsCasterman

Autres lectures déjà mises en avant sur ce blog à redécouvrir :

*  Burqa !. Lue, il y a six années déjà, cette biographie dessinée, me hante encore.
* Un  très bel hymne à la maternité Un Miracle en Equilibre de Lucia Etxeberria
* Confessions d’un gang de filles, de Joyce Carole Oates, qui a bénéficié d’une très belle – le fait est rare pour souligner – adaptation cinématographique par Laurent Cantet, « Foxfire, confessions d’un gang de filles ». Ou encore son recueil au titre provocant Les Femelles, où les femmes peuvent se révéler inquiétantes et venimeuses.
* Un peu de détente en perspective avec ce roman qui nous plonge dans une ambiance à la Fitzgerald, avec deux femmes aux prises avec l’ambition et la passion, Les Règles du Jeu our encore la plume caustique et acérée de Willa Marsh et son fameux Journal d’Amy Wingate

Enfin je vous invite également à écouter cette reprise de Natural Woman par Adele, lors de son passage à Taratata en 2011. Belle journée à toutes et à tous !

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Pop’up !

Un trio de choc pour donner du relief à vos lectures ! Les livres pop-up fascinent par leur étonnante variété et leur réalisation tout en délicatesse : découpage fin et ciselé, art du pliage étonnant caractérisent ces belles histoires, fruits de prouesses techniques et d’une grande inventivité ! Petit zoom sur trois albums qui séduiront petits et grands !

Pop-up Drole d'oiseau UgTout d’abord, Philippe Ug, un maître français du pop-up à l’univers plutôt underground, nous offre un voyage chatoyant au pays des oiseaux. Ce touche-à-tout à la fois illustrateur, dessinateur de presse, ingénieur papier, nous conte l’histoire de Drôle d’oiseau. Ce petit oisillon voit le jour sous nos yeux et apprend à devenir un grand jusqu’à son envol final. Les pliages élaborés et les découpes fines s’enchevêtrent savamment et cette magie de papier colorée nous laisse rêveur et aussi admiratif que drôle d’oiseau !

9782330016043 Pop-up Oceano Boisrobert Rigaud 9782358510141 Pop-up PopVille Boisrobert RigaudEnfin il est un duo dont les univers graphiques sont tout aussi variés que ceux de Philippe Ug. Anouck Boisrobert et Louis Rigaud ont collaboré notamment pour la réalisation de deux pop-ups, Pop Ville et Oceano. Bien qu’écrit par Joy Sorman, Pop Ville peut être décrite d’abord comme une histoire sans parole, celle vous l’aurez compris de la naissance d’une ville, avec cette petite église isolée entourée d’arbres. Vient le temps des premières maisons, puis de la croissance industrielle, des grues, des chantiers, des pylônes électriques, jusqu’à la naissance d’une nouvelle cité, pleine d’activités et d’agitation, véritable réseau routier et humain.
Changement radical d’atmosphère, avec les profondeurs marines d’Oceano. Aux carrés épurés et tranchants de la ville bétonnée, succède un foisonnement de détails iconographiques et de découpes toutes en rondeur. Emmenés à bord de ce navire, à la découverte de nos mers, nous voyageons à travers une véritable célébration graphique d’une nature à protéger.

Ce duo de choc a également réalisé un splendide livre en papier découpé, illustrant le poème Liberté de Paul Eluard, que je vous invite vivement à parcourir !
Malgré leur finesse, les pop-ups peuvent être manipulés avec un peu de précaution dès 3 ans.

Oceano - Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Oceano – Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Oceano - Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Oceano – Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Oceano - Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Oceano – Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Oceano  - Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Oceano – Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Pop Ville - Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Pop Ville – Anouck Boisrobert, Louis Rigaud
Drôle d'oiseau - Philippe Ug
Drôle d’oiseau – Philippe Ug
Drôle d'oiseau - Philippe Ug
Drôle d’oiseau – Philippe Ug
Liberté - Paul Rigaud
Liberté – Louis Rigaud

A voir !

Le site de Philippe Ug
Le book de Louis Rigaud et d’Anouck Boisrobert

 

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Le tort du soldat d’Erri de Luca

Pour ces vacances, je fais une incursion plus particulière en littérature italienne avec trois romans, D’Acier de Silvia Avallone, roman social, Canal Mussolini d’Antonio Pennacchi, grande fresque historique récompensée du prestigieux Prix Strega et Le Tort du Soldat d’Erri de Luca.  Trois romans différents mais qui reflètent toute la vitalité de la littérature italienne contemporaine.

d'Acier_Avallone Canal_Mussolini_PennacchiLe tort du soldat d'Erri de Luca

Aujourd’hui, incursion dans l’univers d’Erri de Lucca. Ce Napolitain écrit depuis ses vingt ans, tout en ayant mené de front divers emplois d’ouvrier, sa famille d’origine bourgeoise ayant été ruinée par la guerre. Sa chambre fut même  … une bibliothèque imposante consacrée à la Seconde guerre mondiale. Ce terreau donne lieu à des récits, pouvant comporter des notes biographiques ou ayant la guerre en arrière-plan.

Le choix du sujet est audacieux : un vieux criminel de guerre et sa fille, un traducteur de yiddish, vont se croiser au dîner dans une auberge perchée dans les Dolomites. Ils n’échangeront pas un mot et pourtant cette rencontre silencieuse sera à l’origine d’un profond bouleversement. Aux origines du roman, c’est une demande de traduction pour une œuvre d’Israel Singer. C’est donc par deux récits distincts, l’un porté par la voix du narrateur, journal de « celui qui fait l’écrivain », l’autre par les écrits de la jeune femme, qu’Erri de Luca tisse son roman et dresse le portrait de cet homme qui se qualifie de simple « soldat »

Je suis un soldat vaincu. Tel est mon crime, pure vérité. » Il fit le geste de chasser les pellicules de ses épaules. « Le tort du soldat est la défaite. La victoire justifie tout. Les Alliés ont commis contre l’Allemagne des crimes de guerre absous par le triomphe. » Il avait beau définir son service à la guerre, le réduire aux effets d’une défaite, pour moi sa faute restait certaine et sans appel. Je lui ai opposé ma volonté de ne vouloir aucune explication. Si les choses sont bien comme il le dit lui, alors le tort du soldat est l’obéissance.

Les points de vue s’entrechoquent, le criminel condamné sans appel pour sa fille qui hérite de l’histoire d’une père longtemps dissimulée, une vingtaine d’année, laissant derrière ce mensonge une petite fille sans mère; des victimes sans justice et un bourreau sans procès. Une double peine privée et publique issue d’un héritage non choisi pour ces victimes.
Notre écrivain, gardien d’une langue de disparus, fait de son travail de traducteur, une œuvre de mémoire et de conservation. La figure d’Erri de Luca reste perceptible derrière cette voix napolitaine, d’un amoureux des mots, des histoires, pour qui yiddish et napolitain partagent « misères, émigrations et théâtres ».
Quant à ce criminel de guerre, il s’est lancé lui aussi dans l’apprentissage de l’hébreu, un peu au hasard de son nouveau métier de facteur, afin de le décrypter, le décoder comme un langage ennemi  et comprendre les raisons de la défaite nazie.

La grande force de ce roman fulgurant et bouleversant est d’aborder la barbarie nazie par la voix de ceux qui restent, qu’elle condamne, s’explique vaguement, ne s’excuse de l’innommable ou balbutie une langue en voie de disparation pour recréer un monde disparu.  De grandes espérances naissent, d’aussi grandes peurs culminent, dans un véritable mouvement de vie.

A voir !

Le site des Editions Liana Levi

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14 de Jean Echenoz

Tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n’est-il pas la peine de s’attarder encore sur cet opéra sordide et puant. Peut-être n’est-il d’ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d’autant moins quand on n’aime pas l’opéra, même si, comme lui, c’est grandiose, emphatique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui ça fait beaucoup de bruit et souvent, à la longue, c’est assez ennuyeux

14 de Jean Echenoz

Ainsi que l’auteur l’affirme par la bouche même de celui à qui il donne voix au chapitre, Anthime, jeune soldat de 23 ans, ce court roman ne vous apprendra pas grand chose que vous ne connaissez pas d’ors et déjà dans les grandes lignes sur la Première Guerre mondiale.
Vous y trouverez sûrement quelques détails ici et là de l’Histoire, peut-être insignifiants et dérisoires, comme ces gamelles que les soldats ont pour ordre de noircir, mais qu’ils font tellement sens dans l’histoire individuelle des hommes au combat.
Ici Jean Echenoz nous fait suivre le parcours de cinq soldats et d’une jeune femme. Les liens se dévoilent peu à peu, révélant des tragédies personnelles. Nous sommes à hauteur d’homme, avant la mobilisation, lorsque celle-ci est annoncée, sur le front dans les airs et sur terre, jusqu’à la fin, que ce soit la mort ou l’armistice, mais existe-t-il véritablement une fin pour ces rescapés, qu’ils furent soldats, désormais handicapés, défigurés ou traumatisés, ou qu’ils furent de ceux qui restèrent, femmes, vieillards ou démobilisés, témoins et victimes des familles décimées ou amputées.

La tension est palpable au-delà des faits, se retranscrivant dans la rapidité du récit, qui semble suivre l’échelle du temps, les évènements s’enchaînant très rapidement jusqu’aux premières échauffourées, puis ralentissant, s’empêtrant dans la boue des tranchées, avant que cette tension trouve une résolution au détour d’un combat, d’une page, de façon inattendue, laissant le lecteur aussi fauché que le protagoniste. Avec une écriture simple mais précise, contractant une multiplicité de faits et de situations, Jean Echenoz réalise un portrait social saisissant et d’une grande profondeur des ravages de cette guerre, véritable boucherie, qui tenailla les hommes.

On ne quitte pas cette guerre comme ça. La situation est simple, on est coincés: les ennemis devant vous, les rats et les poux avec vous et, derrière vous, les gendarmes

14
Jean Echenoz
Editions de Minuit
124 pages. 12,80€. ISBN : 9782707322579                               

A voir !

 

Le site des Editions de Minuit

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Une collection très particulière, Bernard Quiriny.

Le présent contiendrait tout. Venus de partout, allant partout et sachant tout de l’univers et du futur, nous serions comme des dieux, perplexes et désespérés à l’idée qu’il ne resterait rien à découvrir, ni demain ni jamais.

Une_Collection_Tres_Particulière_QuirinyAttention objet littéraire non identifié mais plein d’esprit et cocasse en vue ! Fâché avec les nouvelles ? Il se pourrait bien que vous vous réconciliez avec ce genre ingrat car très exigeant et bien trop souvent maltraité. Mais est-ce réellement un recueil de nouvelles ? C’est à la fois cela et bien plus encore. C’est un jeu. Oui, oui un jeu, dans le lecteur s’amuse et que Bernard Quiriny a certainement pris un plaisir malin et facétieux à écrire !

Dans cette collection très particulière, vous suivez un ensemble de perles, certaines vous plongeant dans l’univers des livres, d’autres vous transportant dans une dizaine de villes imaginaires et fantaisistes, et encore d’autres dans un monde différent, celui dans lequel nos plus folles utopies se réalisent … De perles en perles, les récits s’enchâssent, s’intercalent en une jolie cadence et gardent une continuité dans la loufoquerie, grâce notamment à deux personnages, Pierre Gould, le dandy bibliophile qui sévissait déjà dans son premier opus, étrange avatar de son auteur, et le narrateur, notre part naïve et curieuse, qui découvre l’étonnante bibliothèque de cet étonnant érudit d’un autre temps. Car il s’agit de livres, mais pas seulement … décidément tout cela semble bien compliqué, et pourtant non !

Essayez d’imaginer donc ce que peut-être un livre gigogne (un peu comme celui-ci d’ailleurs), ou un livre très ennuyeux (ah ce cas-là malheureusement nous en avons tous croisé). Quiriny transcende cela, sous sa plume les livres les plus ennuyeux revêtent une parure inconnue et satirique, certains ayant même presque tué leurs auteurs, ou comme cet auteur de L’oeuf, monument de 1200 pages, décrivant un œuf, qui bien qu’ennuyé à l’écrire fut encore plus ennuyé de le relire … D’autres livres improbables hantent également ces pages, comme ceux, qui se perfectionnent au fil du temps, perdant chaque mot superflu, s’affinant comme le bon vin, ceux qui ne peuvent être lu que bien habillé …  Croisez également les habitants de Livoni et leur volcan, ceux encore de cette ville, dans laquelle on ne vit qu’un jour sur deux … Et que se passerait-il si tout à chacun pouvait changer de nom comme il le souhaitait, échangeait son corps en faisant l’amour ou ressuscitait pour de bon ?

Bienvenue dans un cabinet de curiosités farfelu et plein de charme, dont le pouvoir imaginatif n’est pas sans rappeler d’autres monstres de la littérature comme Italo Calvino. Mais quoiqu’il en soit, nul besoin de porter un smoking, pour dévorer ou savourer comme un bonbon cette étrange collection, qui restera bien dans votre mémoire !

Une collection très particulière
Bernard Quiriny.
Editions du Seuil. Collection « Cadre rouge ».
184 pages. 14,20€. ISBN : 978-2-02-104695-3

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Petite main, petit pouce, un livre jeu de Martine Perrin

petite_main_petit_pouce_perrinC’est parti pour un amusant voyage tactile !

Avec cet album tout-carton aux couleurs acidulées de Martine Perrin, les petites mains des petits loups sont à l’honneur et trouvent un terrain de jeu où s’exercer avec habileté et imagination … Placer les mains dans la boue, toucher des cailloux ou encore suivre la coquille d’un escargot et bien d’autres surprises agrémentent ce livre jeu qui éveille le sens des tout-petits. Interactivité, imagination et fous rires sont au rendez-vous au cœur de cette jolie histoire, à jouer et à rejouer.

Dès un an.

Petite main, petit pouce
Martine Perrin.
Le Seuil Jeunesse.
32 pages. 12€. ISBN : 978-2-02-108053-7

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