Étiquette : violent

Fin de mission, de Phil Klay

Il y a deux façons de raconter l’histoire. La drôle et la triste. Les mecs aiment bien la drôle, avec beaucoup de sang partout, et un sourire sur votre visage, quand vous arrivez à la fin. Les filles aiment bien la triste, avec un regard qui se perd dans le lointain tandis que vous contemplez les horreurs de la guerre qu’elles ne peuvent pas vraiment voir. Mais quelle que soit la façon, l’histoire est la même. Il y a ce lieutenant-colonel, en visite au centre gouvernemental, qui s’amène, il voit deux marines en train de s’activer autour d’une housse mortuaire et il décide d’aller leur donner un coup de main, histoire de leur montrer que c’est un type sympa.

fin de missionPremier roman couronné par le National Book Awards, Fin de mission est un livre saisissant qui vous prend aux tripes. Ce n’est pas une lecture qui vous laisse indemne. Non pas qu’elle vous blessera mais Phil Klay déroule à travers ses douze nouvelles la réalité crue de la guerre.

Fin de mission : pas de romantisme ou de glorification lyrique des troupes américaines en Afghanistan.

Non, comme Platoon, Fin de mission, est un portrait sans concession et acide sur le sort réservé aux soldats, et aux « vets » lors ces derniers ont la chance de rejoindre leur pays. Pas de pathos, un ton juste, pour une galerie de portraits saisis sur le vif : un soldat qui abat les chiens qui s’attaquent aux cadavres avant de repartir aux Etats-Unis (« Fin de mission »), un autre nous conte une mission réussie de libération d’otages, mais peut-on délivrer des hommes malgré eux et qu’est-ce que la libération ? (‘Corps »). Le succès est une question de point de vue dans « Le dollar, une autre arme », mais aussi un dialogue entre religions (« Opération d’influence ») et le retour à la vie civil, non pas la moindre des épreuves, confrontation permanente à l’autre.

On pourrait croire à un reportage littéraire, et pourtant s’il ne s’agit pas d’un reportage, la fiction est belle et bien réalité avec Phil Klay. Aussi difficile qu’il est de la faire percevoir, l’écriture demeure pour lui un des meilleurs media pour tenter de faire comprendre :
“Le moteur profond de l’écriture, c’est l’impuissance à communiquer ce qu’on a vécu à ceux qui ne sont pas allés sur le terrain.” (interview donnée à Télérama en février 2015)
Âgé d’à peine trente, le jeune auteur est vétéran du corps des Marines. Il a servi en Irak de 2007 à 2008. De retour aux Etats-Unis, il choisit de reprendre ses études en creative writing et se lance dans l’écriture. L’écriture était une pratique ponctuelle, qui s’est traduite par des prises de note sur le terrain avant de devenir une véritable vocation. Ses premières nouvelles rencontrent un accueil enthousiaste des critiques et du public. Ces débuts prometteurs se concrétisent avec la publication de Fin de mission.

Fin de mission
Phil Klay.
Editions Gallmeister. Collection Americana.
320 pages.  978-2-35178-083-1. 23,80€

Rendez-vous sur Hellocoton !

Kinderzimmer, de Valentine Goby

ce que dit, surtout, la joie encore possible devant l’éclat du soleil dans les congères, sur les pourtours de la Lagerplatz, à l’Appell du matin, un éclair de cristal qui ne t’indiffére pas tout à fait, ce que ça dit, que tu le voies, que ça mouille tes paupières, qu’une seconde ça conjure le reste, une demi-seconde, que tu aies accès à la beauté, ce que ça dit, tout cela, c’est que même à Ravensbrück, l’Allemagne n’a pas gagné, n’aura jamais gagné complètement

kinderzimmer_valentine_goby_9782330022600Ce roman est lumineux. Obsédant aussi. Sans sombrer dans le pathos ou le glauque, Valentine Goby nous emporte à Ravensbrück avec Mila, une jeune déportée politique, dans les entrailles de la vie et de la mort.
La particularité de Mila ? Elle est enceinte. Oui, enceinte. Mais poursuivez votre lecture, car si dans ce roman « à sujet », la guerre est bien présente, la vie est toujours là, même dans ces camps de la mort. Ces camps qui ont tant aboli l’image de l’humanité au point même que cette idée de la vie à venir en ce lieu est étrangère et exclue de notre univers mental, alors qu’elle est bien plus qu’une idée mais une réalité si inconfortable et douloureuse pour nous, presque dérangeante, au-delà de ce que l’on peut entendre. Il nous faut alors comprendre l’indicible, le quotidien de ces femmes enceintes, car il y en a eu, pour qui l’issue fut  fatale le plus souvent, survivre étant un exploit quotidien et le rééditer chaque jour pour deux tenant du miracle.
Tout d’abord, il s’agit pour Mila d’oublier cette grossesse et cet enfant qui semble condamné d’avance, pourquoi dès lors y penser et risquer de s’y attacher ? Comment comprendre ce qui se passe dans ce corps lorsque l’on est orpheline de mère et que personne ne vous a appris, ce qui se passe au cœur de ce ventre ? Que peut bien avoir à offrir à un fœtus ce corps maltraité et dénutri ? Le risque même de cette grossesse pourrait condamner Mila, personne ne doit savoir. Ainsi se concentrer sur chaque jour, chaque geste. Ne pas penser, ne pas se projeter. Se tenir à l’écart, rester avec sa tendre cousine Lysette, s’abandonner à la confiance avec cette jeune polonaise qui prend la place de la défunte dans la couche.
Et lorsque le secret est révélé, découvrir que une solidarité entre femme bien réelle, une chaleur humaine indicible de la part de ces femmes meurtries, certaines mères, qui trouvent en cet enfant à venir une raison de vivre. C’est donc des chants partagés à Noël, des poèmes d’enfance récités aux camarades, le souffle d’une autre pour se réchauffer, l’exhorte à se sa laver et garder sa dignité, la charbon volé pour soigner l’autre. C’est prendre le risque d’un fol espoir aussi, lorsque l’on découvre que les femmes enceintes ne sont plus systématiquement supprimées tout comme les nourrissons, et qu’il existe au sein de ce camp une Kinderzimmer, une chambre pour les nourrissons. La vie peut naître, mais elle devra compter sur ses propres ressources et sur ce que ces camps n’auront pas réussi à abolir le choix libre de se battre et de s’entraider, élargissant les liens de la filiation, la maternité étendue à la protection solidaire et communautaire du petit humain.

Suite à le rencontre d’un de ces rares enfants survivants nés dans un camp, Valentine Goby découvre et se  s’inspire de l’histoire de la résistante Marie-José Chombart de Lauwe, qui fut puéricultrice dans ce camp, pour nous plonger au cœur de cette chambre pour enfants. Cette déportée politique fut une des 7 000 victimes du décret « Nuit et Brouillard », dans lequel Hitler autorisait la arrestation et déportation pour acte de résistance sans que les parents des déportés puissent savoir où les victimes seraient envoyées. Ces mêmes victime ne savaient pas ce qui pouvait les attendre dans ces camps : élimination, travail à la chaine, cobayes. Étudiante en médecine, Marie-José est affectée au bloc 11, la « nurserie », où l’expérience de vie de ces nourrissons ne dépassait guère les trois mois, malgré la solidarité, y compris du personnel allemand.

Valentine Goby réussit à faire incarner à Mila  cette dualité extrême entre la vie et la mort, son combat quotidien pour survivre. Son écriture magistrale, nous entraîne avec rythme dans cette histoire que nous pensons ne connaître que trop bien et pourtant derrière la voix de Mila, c’est la voix de ces femmes que nous pouvons entendre, leur solidarité, leur bravoure mais aussi leur découragement et leur fol espoir aussi de voir cet enfer cesser. Nous sommes plongés dans ce quotidien, au milieu de ces femmes héroïques, l’une qui cherche à garder sa fierté, l’autre qui ne veut céder à cette gueule béante prête à l’engloutir, ce camp qui dévore les identités et l’humanité. Il s’agit au cœur de ces pages poignantes de découvrir un incommensurable instinct de survie, plus fort que l’ennemi et l’enfermement, où il faut tenir, encore et toujours, car « tu perds seulement quand tu abandonnes ».

[…] il faut des historiens, pour rendre compte des événements ; des témoins imparfaits, qui déclinent l’expérience singulière ; des romanciers, pour inventer ce qui a disparu à jamais : l’instant présent.

Kinderzimmer
Valentine Goby.
Actes Sud.
224 pages. 20€. ISBN : 978-2-330-02260-0

Rendez-vous sur Hellocoton !

1974 de David Peace

– C’est toujours pareil : ce con de Lord Lucan et des putains de corbeaux sans ailes, fit Gilman, souriant, comme si c’était le plus beau jour de notre vie.
Vendredi 13 décembre 1974.
Attendant ma première « une ». Enfin le type dont on indique le nom et le titre : Edward Dunford, correspondant pour les affaires criminelles dans le Nord ; deux putains de jours trop tard.

Ames sensibles d’abstenir ! L’univers de Peace, cru et glauque, est d’un réalisme percutant.

9782743612474FS.gif

Edward Dunford journaliste au Evening Post, suit la disparition de Clare, une fillette, disparue quelques semaines avant Noël 1974. Il s’agit de la quatrième disparition de ce type, les trois autres fillettes n’ayant jamais été retrouvées. Au-delà de la charge émotionnelle très forte liée à cette disparition, son père étant décédé récemment, Edward doit faire face à une rivalité croissante avec Jack Whitehead, élu reporter de l’année, qui reprend la main sur son enquête.
Lorsque le corps de Clare est retrouvé supplicié, Edward, n’aura de cesse de résoudre cette affaire, de façon si obsessionnelle, qu’il pourrait bien y laisser une partie de lui-même …

(suite…)

Rendez-vous sur Hellocoton !

Compagnie K de William March

 – Quand j’ai levé les yeux ce matin-là et que je t’ai vu sur le sentier, ma première idée, ça a été de venir vers toi pour te donner un bout de pain. Je voulais te poser des questions sur l’Amérique. Il y avait des tas de choses dont on aurait pu parler. Tu aurais pu me parler de chez toi, et moi de chez moi. On aurait pu aller chercher des nids d’oiseaux dans les bois, on aurait ri et discuté ensemble. Et puis une fois qu’on se serait mieux connus, je t’aurais montré une photo de ma fiancée et je t’aurais lu des passages de ses lettres.
Il s’est tu et il m’a regardé.
– Pourquoi est-ce que je n’ai pas fait ce que je voulais faire ? Il a demandé lentement … »

compagnie_k_march_gallmeisterLe soldat Manuel Burt croise au détour d’un chemin dans les bois, un soldat allemand, accroupi, en train de manger son pain noir. Leurs regards se croisent, ils s’observent ne sachant que faire, l’un tripotant son fusil avant que le second lâche son pain pour saisir son pistolet et que le combat au corps à corps ait lieu. Derrière ce jeune soldat se cache la voix de William March, ou plus exactement celle du soldat William Campbell, son nom civil. Car si William March  est originaire de l’Alabama, il s’engage dans le corps des Marine en juin 1917 alors que la Première Guerre mondiale fait rage. Une fois débarqué en France, il est blessé et il participe avec sa compagnie à de nombreuses batailles, dont celles du Bois de Belleau et de Saint-Mihiel, qui lui valurent trois médailles militaires dont la Croix de Guerre. Trois médailles qui conserveront pour lui un goût amer, celui de la brutalité de cette guerre et des luttes au corps à corps, dont il ressortira profondément marqué, notamment après avoir tué un jeune soldat allemand face auquel il se retrouva soudain.

Véritable roman polyphonique, Compagnie K, nous fait entendre la voix des 113 soldats d’une compagnie, par des instantanés de vie, de leur préparation à leur arrivée en France, de l’enfer des tranchées au retour au pays ou encore d’outre-tombe. Des tranches de vies qu’il mit bout à bout, issues de son expérience de la guerre et des lettres qu’il envoya à sa soeur durant le conflit, sans tomber dans l’autobiographie. Car il y a un peu de lui dans chacun de ces hommes. Que ce soit le soldat Joseph Delaney qui ouvre le bal de ce livre et qui se dit « J’ai enfin fini mon livre, mais est-ce que j’ai accompli ce que j’avais entrepris de faire ? » ou le soldat Manuel Burt. Ces textes fragmentaires sont comme autant de miroirs de l’homme face à l’horreur et l’absurdité de la guerre. Il parle pour eux tous, tous ceux qu’il croisa : qu’ils soient un soldat inconnu mourant et réconforté par l’ennemi, un soldat brimé ou privé de sommeil et constamment sollicité, un soldat priant pour devenir aveugle et quitter cette maudite guerre, planqué, ou encore devant obéir à un ordre cruel et gratuit se rebellant ou s’exécutant … Tous nous livre leur part d’humanité à travers ces portraits, entamée par la réalité de ce que March appelait « le triomphe de la stupidité sur toute autre chose ».

Si William March est méconnu du public français, n’ayant eu jusqu’à présent qu’une nouvelle traduite, Graine de potence, la toute première édition française de Compagnie K met en lumière cet auteur qui reçut force récompenses miliaires et succès littéraire. Premier roman de March paru en 1933, Compagnie K acquit rapidement un retentissement équivalent au renommé « A l’ouest rien de nouveau » de l’Allemand Erich maria Remarque, tous deux partageant non seulement cette volonté de dénoncer les atrocités de la guerre, comme bon nombre d’œuvres issues de cette littérature d’après-guerre, mais également un style vif, concis, cru et immensément réaliste, ne faisant pas de la guerre une matière épique mais un instantané de cauchemars, de peurs, de vilenie et d’atrocités.

Pas de héros en perspective, juste des hommes face à l’inconcevable pensant faire le meilleur choix possible au moment où ils sont amenés à le faire, si encore ils ont le choix, la guerre les aliénant de toute liberté d’agir à leur guise, mais en un seul corps, une seule voix, un pays. Tuer ou se faire tuer. Tuer à la baïonnette, au gaz, au pistolet. Se suicider ou se défiler aussi. Pour se sauver. March restaure leur individualité et leur rend hommage en leur laissant la voix, tout en veillant à la force du récit, enchevêtrant les histoires, exacerbant ainsi l’ironie. Ironie de la guerre, mais aussi ironie du mensonge patriotique à travers l’histoire de quatre soldats confronté à une question éthique : obéir et tuer gratuitement ou désobéir et se voir condamner au conseil de guerre ?

Pourquoi je refuse pas de faire ça ? je pensais. Pourquoi, on refuse pas tous ? Si on est assez nombreux à refuser, qu’est-ce qu’ils pourront faire ? …  » Et là, j’ai vu clairement la vérité : « On est aussi des prisonniers : nous sommes tous prisonniers … Non ! j’ai dit. Je ne le ferai pas ! »
Tout ce en quoi on m’a appris à croire sur la miséricorde, la justice et la vertu est un mensonge, je me disais … Mais le plus gros mensonge de tous, c’est la phrase « Dieu est amour

C’est aussi un précieux ouvrage car il est à la fois un des rares témoignages américains sur la Première Guerre mondiale et une œuvre dénonçant toutes les guerres.

A découvrir dès le 12 septembre.

Compagnie K
William March.
Édition Gallmeister.
288 pages. 23,10€. ISBN : 9782351780688

A voir !

Le site des Editions Gallmeister

Rendez-vous sur Hellocoton !

Le Sillage de l’Oubli, de Bruce Machart.

 Comme aurait dit Vaclav Skala, elle était le portrait craché de son père dans les grandes lignes, mais pas pour les finitions.

sillage1895, 1910, 1924, 1898, quatre années, autant de miroirs dans l’histoire de la famille Skala, propriétaires terriens texans.

1895, chez les Skala, une famille d’immigrés tchèques, la vie est dure depuis longtemps, et plus particulièrement depuis le décès en couches de Klara, donnant naissance à son quatrième fils, Karel. Totalement démuni, Vaclav, le père, doit trouver une nourrice pour son fils, et s’occuper du corps de sa femme. Désormais la vie à l’exploitation sera plus rude pour ses fils, qui travailleront dès lors comme des bêtes de somme auprès d’un père blessé et tyrannique, pour avoir les meilleurs chevaux. Il n’hésitera pas à sacrifier ses fils, leur scolarité et leur santé, en leur extirpant toutes les forces au service de son exploitation, tant et si bien qu’ils remplaceront ses meilleurs cheveux pour tout travail de trait, difformant ainsi leur cou.

1910, Karel est désormais âgé de 15 ans. Pour oublier cette vie harassante,  toute en rudesse dans l’obscurité des coeurs, les courses de chevaux demeurent un de ses échappatoires. Mais le jeu, passion paternelle, se mêle régulièrement de celle-ci pour acquérir des terrains ou des bêtes supplémentaires. C’est sans compter sur l’arrivée d’une famille espagnole, les Villasenor. Appâté par la richesse de Vaclav, Guillermo lui propose un terrible pari : une course de chevaux, engageant Karel contre une de ses filles. L’objet du délit ? Des terres supplémentaires et trois mariages pour chacun des frères, excepté Karel.

1924, Karel, désormais heureux chef de famille, a hérité des terres de son père. Sa femme Sophie attend leur troisième enfant, un fils peut-être. Ses frères et lui ne sont plus en contact depuis le décès de leur père. Après avoir grandi avec le sentiment de culpabilité d’avoir précipité la mort de sa mère en venant au monde, Karel vit désormais avec le poids de la mort de son père … Entre l’exploitation familiale et la vente d’alcool, son destin reste inextricablement lié à celui des Villasenor, à laquelle appartiennent désormais ses frères, qui ont quitté la tyrannie paternelle pour une autre bien plus diffuse et pernicieuse …

Une tragédie grecque des grands espaces américains

Premier ouvrage de Bruce Machart, le Sillage de l’oubli, est une épopée familiale sombre et passionnante qui vous portera très loin de l’oubli ! Espérons que ce roman prometteur inaugure une belle carrière à son auteur, déjà comparé à des grands noms de la littérature américaine, comme William Faulkner et Cormac MacCarthy.
Son écriture sans fioritures mais détaillée pose une atmosphère lourde et électrique, appelant l’ensemble de nos sens que ce soit l’ouïe, le toucher ou l’odorat tant les descriptions fines et complexes nous donnent de sentir et ressentir la terre travaillée, la furie des chevaux en course, la moiteur de l’été, les tensions et l’animalité des défis.
C’est aussi l’écriture maîtrisée d’un roman d’atmosphère qui prend le temps, comme on le fait peu souvent, de déployer sa trame, inexorablement et de façon soutenue, nous gardant toujours dans cette tension, dans cette fébrilité de la lecture. Un roman obsédant sur l’obsession d’un homme souhaitant conquérir toujours plus, happé par le flot de ses désirs, celui d’oublier le vide, ce vide laissé par sa femme, quitte à broyer tout sur son passage, y compris ses propres fils.
Digne d’une tragédie grecque, Le Sillage de l’Oubli, est sans conteste un des meilleurs de la rentrée littéraire de ce début d’année. En refermant ce livre, une certaine nostalgie pointe à l’horizon laissant l’impression d’avoir clôturé la lecture de très belles pages de littérature, un grand roman dans tout ce que cela a de noble, venant d’un virtuose en devenir.

Le Sillage de l’Oubli
Bruce Machart.
Editions Gallmeister. Collection « Nature Writing ».
344 p. 23,60€. ISBN : 978-2-35178-049-7

A voir !

Le site des éditions Gallmeister.
Le site de Bruce Machart

Rendez-vous sur Hellocoton !

Avenue des géants de Marc Dugain.

La nature ne connaît ni le silence ni le bruit. Ce n’est pas comme en ville, ce qu’on entend va toujours dans votre sens, celui de votre apaisement, pour peu que vous ayez confiance dans la vie sauvage.

marc dugain avenue des geantsGéant est un qualificatif incontournable. 2,20m, 120 kg, Al Kenner  a un physique gargantuesque.  Et ses capacités intellectuelles sont tout aussi gigantesques. Il possède une hypermnèsie et son QI dépasserait celui d’Einstein. Pas évident de bien vivre avec cela surtout quand on a quinze ans. Mais le mal-être profond d’Al ne s’expliquerait-il pas plutôt par la hargne de sa mère à son égard, contre ce fils qui est une « fausse couche » réussie ? Cette étrange « chambre » installée dans la chaudière, celle-là même dans laquelle Al brûlera un des chats de concours de sa mère. Mais Al fera pire, beaucoup pire.
Il va sans doute que le divorce de ses parents à l’âge de 13 ans n’arrangea pas une relation mère-fils plus que malsaine.
Envoyé chez son père à l’âge tendre, il met mal à l’aise sa belle-mère. Ne pouvant le garder pour cette raison auprès de lui, son père le renvoie chez ses grands-parents. Un profond sentiment de perte et d’abandon s’empare du jeune garçon, qui ayant tout le loisir d’observer et de décortiquer le comportement de sa grand-mère, comprend mieux le choix de son père en épousant une femme tout aussi castatrice.  Ainsi donc sa grand-mère se situe à l’origine du mal. Ainsi donc une lente mécanique qui couvait depuis des années se met en place. Cela commencera par le meurtre de sang froid de ses grands-parents à 15 ans, d’abord la grand-mère puis le grand-père qu’il pense incapable de s’en sortir seul. Un sentiment de pitié ? Une vague émotion ? Non, un raisonnement froid et implacable, purement intellectuel. Ce double meurtre marque le début d’une « carrière » de tueur en série qui ne finira qu’avec l’ultime meurtre de sa mère …

Marc Dugain s’attaque à un mythe en décortiquant le chemin suivi par Ed Kemper dont Al Kenner est l’incarnation littéraire.  Sous sa plume à la description méthodique, sans sympathie ou antipathie aucune, la personnalité complexe et trouble d’Ed Kemper refait surface, faisant naviguer le lecteur entre horreur et attendrissement pour ce gamin cassé par sa famille. Sans sombrer dans le voyeurisme et le glauque, avec la juste distance tel un chroniqueur, il donne la voix à celui qui permit paradoxalement à mieux comprendre le fonctionnement des serial killers. La justesse mais aussi l’économie des mots dans les moments forts sont le tour de force de ce roman percutant.

Avenue des géants.
Marc Dugain.
Editions Gallimard.
360 p. 21,50€. ISBN :978-2-07-013235-5

 A voir !

Un entretien avec Marc Dugain sur le site des éditions Gallimard

Rendez-vous sur Hellocoton !
Follow

Get every new post on this blog delivered to your Inbox.

Join other followers:

%d blogueurs aiment cette page :