Tu dois te montrer amical envers des gens que tu n’apprécies ni politiquement, ni socialement, ni moralement,. tu dois respecter les journalistes qui sont tes aînés. Tu ne dois pas juger les gens mais apprendre à juger de la qualité des informations qu’ils te donnent. Tu dois diminuer tes heures de sommeil, de sport et de lecture. Ta vie va se réduire à lire le journal, boire des coups avec tes sources, regarder les infos, vérifier que l’on ne t’a pas piqué un scoop et respecter les deadlines. Tu seras abreuvé d’un travail qui te paraîtra insignifiant et stupide mais tu le feras quand même.

Tokyo vice Adelstein Marchialy

Voici comment donc ce livre m’a littéralement harponné pendant une quinzaine de jours ! Bienvenue au sein du plus grand quotidien japonais, le Yomiuri Shimbun ! Nous pourrions le comparer au Monde, mais avec une tendance conservatrice. Auréolé de ses 15 millions de lecteurs quotidiens, c’est tout simplement le journal le plus vendu sur la planète ! L’homme que nous allons suivre n’est ni plus ni moins l’auteur même de Tokyo Vice, Jake Adelstein, premier occidental à être embauché dans ce prestigieux journal au recrutement drastique. Avec ce récit à la première personne oscillant entre essai documentaire et mémoires personnelles, Jake Adelstein côtoie le Panthéon de la creative nonfiction US à l’instar d’un Truman Capote, d’un Hemingway ou d’un Kessel avec tout l’art d’un raconteur.

Un parcours atypique et fascinant

Jake Adelstein quitte les États-Unis pour le Japon à 19 ans, sans en connaître un traitre mot et finit par intégrer la prestigieuse Université privée de Sophia, d’où il sortira diplômé et parlant un japonais quasi impeccable. LE jeune homme pugnace et brillant est aussi homme de défi et d’ambition. Non seulement il souhaite débénier journaliste, mais pas n’importe où, au Yomiuri Shimbun, dont la procédure de recrutement suit des concours d’entrée treps sélectifs entre épreuves écrites et orales, grands entretiens pour discerner les heureux élus des précédents examens. Autant d’étapes clés à franchir … pour devenir un apprenti journaliste dans les règles de l’art. Et le Japon applique un art à tout, pour tout !

Jake Adelstein
Jake Adelstein

Tout d’abord fait-diversifier, le gaijin (l’étranger en japonais) intégrera leur brigade des moeurs et le club de presse de la Police Métropolitaine de Tokyo. Ses enquêtes évolueront assez naturellement vers le crime organisé, inextricablement lié aux moeufs d’un Tokyo sombre, méconnu et débridé où la corruption, la prostitution et la violence sont une réalité quotidienne.

Les dessous cachés de Tokyo

Il plonge au cœur de l’activité des yakuzas, notamment celle d’une de ses branches principales : le Goto-gumi qui appartient au Yamaguchi-Gumi. Comme il nous le confie lui-même, « Ce n’est jamais une bonne idée de se trouver du mauvais côté du Yamaguchi-gumi, la plus grande organisation criminelle du Japon. Avec ses quarante mille membres environ, ça fait un paquet de mecs à qui on les brise. »

Entre blanchiment d’argent, hyper-violence et traffic d’êtres humains, il dénoncera trois scandales liés à la prise en charge médicale aux Etats-Unis de trois de leurs dirigeants, bénéficiant de complicités intérieures. Parler n’est pas anodin et dénoncer non plus. Menacé de mort suite à la parution de son enquête aux Etats-Unis, il bénéficiera avec sa famille d’une protection policière. Ce n’est que quelques mois après que son article sera publié au Japon.

Un long chemin vers la diffusion

Si Tokyo Vice a vu le jour en France, c’est grâce au financement participatif demandé par les toutes jeunes éditions – bordelaises ! – Marchialy en juillet 2015, et on ne peut que les saluer et les remercier pour cette heureuse initiative ! En effet, Tokyo Vice est paru aux Etats-Unis en 2009 et n’avait jamais fait l’objet d’une traduction et d’une publication francaise. C’est désormais chose faite et je vous encourage vivement à dévorer cet ouvrage essentiel, documentaire precieux déroulé sur le ton de la confidence et du roman initiatique polar, Jake Adelstein vous porgé au cœur d’une Littérature du réel palpitante et sensible, pleine d’humour mordant mais aussi de tourments. D’une sincérité confondante, il nous entraîne sur son chemin d’homme naïf amené à prendre des chemins obscurs pour dévoiler la vérité. Passionnant !

Une adaptation cinématographique est en cours avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal.

imageA voir !
le site des editions Marchialy, la creative nonfiction a de beaux jours devant elle, portée par de véritables passionnés !
un extrait à découvrir en ligne sur le site Vice

 

Rendez-vous sur Hellocoton !
  • nadia bourgeois

    Quel courage ! Je suis bluffée par cette capacité à tout donner, à payer de sa vie pour défendre ses valeurs et ses idéaux. J’ai hâte de le lire.

    • elo@wp14

      Son histoire est vraiment exceptionnelle. C’est un véritable travail journalistique de longue haleine, j’espère que tu l’apprécieras, ce livre et son auteur m’ont fasciné.