Pour ces vacances, je fais une incursion plus particulière en littérature italienne avec trois romans, D’Acier de Silvia Avallone, roman social, Canal Mussolini d’Antonio Pennacchi, grande fresque historique récompensée du prestigieux Prix Strega et Le Tort du Soldat d’Erri de Luca.  Trois romans différents mais qui reflètent toute la vitalité de la littérature italienne contemporaine.

d'Acier_Avallone Canal_Mussolini_PennacchiLe tort du soldat d'Erri de Luca

Aujourd’hui, incursion dans l’univers d’Erri de Lucca. Ce Napolitain écrit depuis ses vingt ans, tout en ayant mené de front divers emplois d’ouvrier, sa famille d’origine bourgeoise ayant été ruinée par la guerre. Sa chambre fut même  … une bibliothèque imposante consacrée à la Seconde guerre mondiale. Ce terreau donne lieu à des récits, pouvant comporter des notes biographiques ou ayant la guerre en arrière-plan.

Le choix du sujet est audacieux : un vieux criminel de guerre et sa fille, un traducteur de yiddish, vont se croiser au dîner dans une auberge perchée dans les Dolomites. Ils n’échangeront pas un mot et pourtant cette rencontre silencieuse sera à l’origine d’un profond bouleversement. Aux origines du roman, c’est une demande de traduction pour une œuvre d’Israel Singer. C’est donc par deux récits distincts, l’un porté par la voix du narrateur, journal de « celui qui fait l’écrivain », l’autre par les écrits de la jeune femme, qu’Erri de Luca tisse son roman et dresse le portrait de cet homme qui se qualifie de simple « soldat »

Je suis un soldat vaincu. Tel est mon crime, pure vérité. » Il fit le geste de chasser les pellicules de ses épaules. « Le tort du soldat est la défaite. La victoire justifie tout. Les Alliés ont commis contre l’Allemagne des crimes de guerre absous par le triomphe. » Il avait beau définir son service à la guerre, le réduire aux effets d’une défaite, pour moi sa faute restait certaine et sans appel. Je lui ai opposé ma volonté de ne vouloir aucune explication. Si les choses sont bien comme il le dit lui, alors le tort du soldat est l’obéissance.

Les points de vue s’entrechoquent, le criminel condamné sans appel pour sa fille qui hérite de l’histoire d’une père longtemps dissimulée, une vingtaine d’année, laissant derrière ce mensonge une petite fille sans mère; des victimes sans justice et un bourreau sans procès. Une double peine privée et publique issue d’un héritage non choisi pour ces victimes.
Notre écrivain, gardien d’une langue de disparus, fait de son travail de traducteur, une œuvre de mémoire et de conservation. La figure d’Erri de Luca reste perceptible derrière cette voix napolitaine, d’un amoureux des mots, des histoires, pour qui yiddish et napolitain partagent « misères, émigrations et théâtres ».
Quant à ce criminel de guerre, il s’est lancé lui aussi dans l’apprentissage de l’hébreu, un peu au hasard de son nouveau métier de facteur, afin de le décrypter, le décoder comme un langage ennemi  et comprendre les raisons de la défaite nazie.

La grande force de ce roman fulgurant et bouleversant est d’aborder la barbarie nazie par la voix de ceux qui restent, qu’elle condamne, s’explique vaguement, ne s’excuse de l’innommable ou balbutie une langue en voie de disparation pour recréer un monde disparu.  De grandes espérances naissent, d’aussi grandes peurs culminent, dans un véritable mouvement de vie.

A voir !

Le site des Editions Liana Levi

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