Trois saisons d’orage
Mon exemplaire devrait vite rejoindre ma bibliothèque … en attendant hop un cœur sur les exemplaires du travail !

Les Fontaines, ce village minuscule, tachent le paysage, morceau de craie dérivant au coeur d’une mer végétale et calcaire. La forêt crache les hommes comme des pépins, les bois bruissent, des traînées de brume couronnent leurs faîtes au lever du soleil, la lumière les habille. A l’automne, des vents furieux secouent les arbres. Les racines émergent alors du sol, les cimes retournent à la poussière, le sable, les branches et la boue séchée s’enlacent en tourbillons au-dessus des toits. Les fourmis s’abritent dans le ventre des collines, les renards trouent le sol, les cerfs s’enfuient ; les corbeaux, eux, résistent toujours à la violence des éléments.
Les hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s’y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d’orgueil, qu’elle était là avant eux, qu’elle ne leur appartenait pas, mais qu’ils lui appartiennent. Elle peut les broyer à la seule force de sa respiration, elle n’a qu’à frémir pour qu’ils disparaissent.

André est un jeune médecin qui a vu mourir bien trop d’enfants. A la fin de la guerre, il décide de quitter Lyon et ouvre un cabinet aux Fontaines. Là il retrouve un certain équilibre et se consacre aux habitants qu’ils soient paysans ou « fourmis blanches » des carrières. Lorsqu’il se rend au chevet à nouveau d’un enfant mourant, il est malgré tout subjugué par le charme de cette magnifique demeure des Trois-Gueules. Aussi quand il lui est possible d’en faire l’acquisition, aucun doute ne subsiste : cette demeure est faite pour lui et les enfants à venir. Cela se réalise de façon providentielle avec l’arrivée de Bénédict, fruit de ses amours d’un soir avec Élise… Ainsi s’ouvre l’histoire de trois générations aux Trois-Gueules.

Il y a des rencontres en littérature qui se déroulent comme des coups de foudre, un je-ne-sais-quoi qui s’échappe sous les mots et pourtant on semble le cerner si fort. Trois saisons d’orage est pour moi une véritable madeleine. Dès les premières lignes, c’est un univers fourmillant de charmes, d’images et d’impressions qui marquent vivement l’esprit. Vous rentrez dans ce livre, comme vous rentrez dans Les Fontaines. Car vous y êtes. Pour de vrai. Avec un charme fou, elles vous embarqueront, car s’il y a bien un personnage à part dans ce roman, c’est bien ces Fontaines et la demeure des Trois Gueules. Le paysage, le village, qui modèle et soumet les hommes. Sans aller à parler de nature writing, nous touchons du doigt cet univers.

Ornée d’une facture que d’aucuns appelleront « classique », cette tragédie familiale est un condensé de littérature.  Une vraie littérature, celle que j’aime et que je souhaite rencontrer plus souvent. Celle que je savoure quand je me plonge dans un Stefan Zweig, un Proust. Oui, car qui dit madeleine, qui dit une nostalgie heureuse et presque douce-amère. Une découverte impressionnante, car au fond de vous vous savez que vous ne retrouverez pas sur n’importe quel autre chemin ce sentiment, issu du mariage d’une écriture précise et virtuose et d’une narration aussi fine q’implacable. Je n’évoquerai pas plus en détail l’intrigue de peur de trop en dire, mais faites confiance au charme des quelques lignes choisies, il vous ensorcellera vite ! Dans mon palais de mémoire littéraire, Trois saisons d’orage aura une place de choix. Chapeau bas, mademoiselle, que vous puissiez encore nous offrir de si belles pages.

Il a été couronné du Prix Page des libraires 2017. Une fois n’est pas coutume, je vous conseille un réseau social, la page Facebook de l’auteur, qui partage avec nous non seulement un humour corrosif et décapant mais aussi des beaux instants d’écriture.

Trois saisons d’orage

Cécile Coulon
Editions Viviane Hamy
272 pages. 19€. ISBN 9782878583373

 

 

 

Rendez-vous sur Hellocoton !