En fin de compte, ce n’était pas ce que les hommes et les femmes se révélaient être qui les liait entre eux, mais ce qu’ils se révélaient ne pas être. Les failles. Le matériau brut. Les larmes qu’ils versaient la nuit. Les peurs, les vulnérabilités, les rêves qu’ils taisaient. Ce que personne d’autre ne voyait jamais. C’était cela, l’essence de l’amour. Ou quelque chose comme ça. Ou tout à fait autre chose. Selon le jour, l’heure, la minute. Il suffisait d’une minute pour passer de l’amour à la haine. On pouvait continuer. Ou tout arrêter. (…) il n’avait jamais réalisé qu’une relation n’était qu’un début. Jamais une fin en soi. La fin, c’était deux petits vieux tout ratatinés sur un banc à Bournemouth, contemplant la mer, ébahis, se demandant s’ils avaient passé l’épreuve avec succès. Comprenant que oui, tandis qu’ils se partageaient un sandwich oeuf mayonnaise.

9782070789030FS.gifLondres, de nos jours. Angela est une assistante sociale pas comme les autres. « Aspirante » bonne soeur, cela fait près de cinq années, qu’elle officie auprès de soeur Mary Margaret, une mère supérieure peu orthodoxe, ne crachant pas sur le gin et les manières fortes Dans cet accueil pour hommes en détresse, cassés du quotidien, paumés ou dérangés, la jeune femme n’a jamais douté de sa foi, ni de sa destinée, courant d’un malheureux à l’autre, ne comptant ni son énergie, ni sa générosité pour soulager les âmes en peine .. Un ange ! Mais un ange déterminé qui ne comprend pas pourquoi soeur Mary Margaret rechigne à lui faire prononcer ses voeux.
Il faut dire que la jeune femme vient d’une famille peu conventionnelle … quelque peu toquée. Ses tantes envahissantes originales légèrement tyranniques, aspire à la voir devenir bonne soeur. La foi personnelle d’Angela et quelques malaises opportuns les ont confirmé dans cette voie. Aussi c’est avec ardeur qu’elles attendent le jour où elle prononcera ses voeux … Quant à son oncle, Mikey, il est « au grenier », n’y voyez là aucune métaphore, il est effectivement monté au grenier le jour du décès de son père et n’y est jamais descendu depuis. Seule Angela arrive à l’amadouer …

Quant à Robert, notre deuxième protagoniste, il se perçoit comme un raté. Sa mère, Bonnie, une américaine déjantée, qui a conservé l’accent après des années, ne le laisse jamais souffler, et lui rabat les oreilles avec ses petits loupés quotidiens. Quant à son ami Peter, il lui renvoie, bon gré, mal gré, une image resplendissante de réussite sociale : un bon travail, une belle femme, deux beaux enfants, les « filles » de Robert », deux adorables fillettes, qui sont son rayon de soleil. Mais Robert ne voit pas se que cachent les apparences. Il a abandonné sa passion, la peinture, pour devenir restaurateur d’oeuvres d’art, et complète ses maigres revenus par des visites guidées à l’Albert Museum.

Angela et Robert se croisent au détour d’une rue, et leur rencontre respective pourrait bien bousculer ce qui leur semblait figé …

Une galerie de personnages hauts en couleur sans être caricaturaux, touchants et hésitants, des situations cocasses, Kate O’Riordan nous offre un roman divertissant et émouvant qui au-delà de l’histoire d’amour apporte une belle réflexion sur la dépendance et l’apprentissage de la liberté, le choix, la tyrannie de ceux que l’on aime et les indéfectibles liens du sang. De belles pages sont également consacrées à un couple de frère et soeur, orphelins, ballottés de famille en famille, qui se déchirent et s’abîment inexorablement. Poignant.

Irlandaise installée à Londres, Kate O’Riordan a publié son premier livre » Intimes convictions »en 2002, suivi en 2008 et 2009 du « Garçon dans la lune » et « Pierre de mémoire ». Une mystérieuse fiancée est son quatrième roman. Elle écrit également pour le cinéma.

Une mystérieuse fiancée
Kate O’Riordan. Traduction Judith Roze.
Editions Joëlle Losfeld
403 pages. 22,50€. ISBN : 978-2-07-078999-3

A voir !

Le site des Editions Joëlle Losfeld 

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