La conversation est en somme une partie de tennis qu’on joue avec une balle en pâte à modeler qui prend une forme nouvelle chaque fois qu’elle franchit le filet.

Petite incursion en littérature française pour cette rentrée littéraire avec La Septième fonction du langage. Parce que c’est Roland Barthes. Parce que c’est Laurent Binet. Une combinaison  qui donne la force de élever le défi des 500 pages qui ont été dévorées ce dimanche.

Roland Barthes est mort  renversé par une camionnette le 22 février 1980. Le fil rouge de l’intrigue concoctée par Laurent Binet est qu’il s’agit d’un assassinat. Les recherches du célèbre sémiologue l’auraient conduit à découvrir une septième fonction du langage, qui va bien au-delà de la persuasion ou de l’incantation, « la » quintessence du pouvoir du langage. Et qui n’aimerait pas maîtriser ce pouvoir ? Politiciens et intellectuels des années 80 deviennent tous suspects ! L’enquête devient alors un palpitant thriller se jouant des codes de la fiction car l écrivain est aussi un maître des mots qui met en abime ce pouvoir du langage, brouillant les frontières entre réel et fiction, montrant également l’arbitraire du créateur, un brin démiurge avec une facétie rappelant Diderot qui se joue de son personnage et du lecteur !

Mais qu’importe, que ce portrait d’une écriture habile, faisant référence à un univers souvent méconnu, la sémiologie et la linguistique, ne vous effraie point, car il s’agit avant tout d’une enquête trépidante et irrévérencieuse, qui malmene un certain parisianisme et des jeux de pouvoirs, mais qui est un véritable chant au langage. N’ayez crainte des références, vous découvrirez un monde passionnant, où tout peut être signe, pour peut que l’on sache observer … Le dissonant mais complémentaire duo d’enquêteurs Bayard/Herzog  rassemble le policier béotien goguenard et l’intellectuel expérimenté que le lecteur peut être !

Un roman jubilatoire et tourbillonnant que je vous recommande chaudement,

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