Miscellanées de l’été #1

Les vacances sont derrière nous, pour certains chanceux, elles arrivent, avec ce soleil magnifique de septembre. Les jours raccourcissent déjà, grignotant un peu plus chaque jour la torpeur du soir.  La rentrée est arrivée, les plus petits ont repris le chemin de l’école tandis que je reprends celui du clavier. Ces deux mois m’ont permis de me gorger de belles lectures et de jolies découvertes que j’ai hâte de partager avec vous, avant que le raz-de-marée de la rentrée littéraire ne m’emporte sous sa pile à lire !
Ce temps des précieux des vacances m’a permis de revoir ma façon de penser le blog et d’y partager avec vous mes coups de coeur. Je suis assez perfectionniste et j’avoue avoir préféré jusqu’à présent vous livrez un article complet plutôt qu’une succession de petites critiques. Une sorte de syndrôme de la bonne élève blogueuse sans doute 😯
Mais la régularité du blog en souffre et je me retrouve après avec une pile irrattrapable de coups de coeur à faire. Aussi, je me lance dans ces petits récapitulatifs mensuels, qui je l’espère vous plairont. Vous retrouverez aussi des billets plus approfondis aussi 🙂

( L I R E )

Tout d’abord, un de mes gros coups de coeur a été Qaanaaq que je vous ai présenté début août. Je lis souvent par pair ou par thématique, non pas exprès, mais selon l’envie du moment. Et mon été a été Groënlandais, comme une envie de fraîcheur et d’évasion avec également la lecture du Journal de ma disparition de Camilla Grebe (sur lequel un billet sera publié) mais aussi historique, avec notamment L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard d’Isabelle Duquesnoy dont j’ai particulièrement aimé l’atmosphère. La langue y est belle et l’intrigue m’a passionnée. Nous suivons les turpitudes de Victor Renard, jeune homme mal-aimé par sa mère (c’est peu dire) et émerveillé par Angélique, une prostituée. Alors que la Terreur fait rage, et en plein procès, il nous narre son étrange destin qui l’a conduit au métier d’embaumeur.  C’est un roman fascinant, que j’ai eu plaisir à lire non seulement pour son intrigue, comme pour sa plume. Isabelle Duquesnoy a mis dix années d’écriture à contribution pour nous livrer ce petit bijou.

Particulièrement fascinée par le siècle des Lumières, j’ai trouvé une série policière à me mettre sous la dent après les piquant Nicolas Le Floch : la série du Commissaire aux morts étranges d’Olivier Barde-Cabuçon.
Si le cadre est sensiblement le même, car nous y retrouvons des personnages historiques avérés comme le fameux Sartine, l’approche diffère. Son commissaire, le chevalier de Volnay, doit enquêter sur une mort étrange qui touche de près le cercle royal, et le Parc aux Cerfs. Ce lieu secret est celui où Louis XV peut retrouver ses maîtresses avec non seulement l’assentiment mais aussi l’initiative de la Pompadour. Amoureux de la langue du 18e, vous n’y retrouverez l’art de la formule de Jean-François Parot, mais le libertinage, l’attraction pour la magie noire, la soif de connaissance et de philosophie contestataire, le questionnement de la religion et  la défiance envers le pouvoir royal, qui annoncent la Révolution à venir. Il met librement en jeu le personnage de Casanova qui s’avère extrêmement intéressant en déroulant de véritables éléments de sa vie, au-delà de la simple image sulfureuse que nous en avons. Quant à son acolyte, un moine irrévérencieux, il est également un personnage-clé de cet univers que je retrouverais avec plaisir dans les prochains tomes. Il y en  déjà 7, la série étant nourrie au rythme d’un par an.

 

 

 

 

 

 

 

Côté BD, j’ai découvert les séries déjà bien connues Seuls et Garulfo, quelques petites nouveautés dont je vous parlerais dans un prochain billet.

( E C O U T E R)

J’ai eu plaisir à redécouvrir l’album Tapestry de Carol King. Je l’ai sauvé d’une vente de CD, alors qu’il fait partie pour moi des albums tombés dans l’oubli injustement. Sorti en 1971, c’est un album méconnu en France, qui mérite vraiment pourtant sa place dans l’histoire du rock et de la folk music. Et pourtant, vous avez certainement déjà entendu la chanson You’ve got a friend, Will you still love me tomorrow (génération Dirty Dancing).
Le Travelogue de Joni Mitchell est ressorti aussi de mes étagères. Dans cet album, elle revisite différents titres de ses quarante années de carrière, et ce avec de grands noms du jazz comme Herbie Hancock. C’est un album touchant et plein d’émotion, empreint d’une certaine mélancolie, et c’est son dernier album.
Enfin, j’ai découvert aussi le groupe norvégien Wardruna, qui a sorti son deuxième album Ragnarok. Vous les connaissez peut-être déjà, car ce sont eux qui ont réalisés certains titres de la série Vikings. J’aime beaucoup cette atmosphère rythmée, poétique et guerrière. Idéal quand j’ai besoin d’entamer une tâche me demandant un effort ou de la concentration, comme ce billet 😆

joni mitchell carol king wardruna

( V O I R )

Côté cinéma, nous avons eu un gros coup de coeur familial pour le manga Your name et la biopic d’aventures d’Hidalgo.
Your name vous fait suivre le destin de deux jeunes japonais. Taki est un jeune lycéen tokyoïte qui travaille également pour gagner sa vie. Quant à Mitsuha, également lycéenne, elle vit à la campagne et rêve d’aller à Tokyo. Un jour, elle rêve qu’elle y est dans la peau d’un jeune garçon. le rêve est si vrai que cela la trouble. Lorsque cela se répète et qu’elle se rend compte qu’un garçon vit également la même chose, qu’ils échangent leurs corps, ils décident de communiquer et de s’organiser pour ne pas perturber la vie d’autre …
Ce film est un condensé d’émotions très variées, on pourrait dire qu’il s’agit d’une sorte de comédie dramatique mais ce serait lui donner une étiquette un peu restrictive, car c’est aussi un film poétique, un peu onirique, nostalgique avec une évocation de traditions qui disparaissent mais aussi mystérieux et profondément émouvant. Si les échanges de vies donnent lieu à des situations assez cocasses, il vous donnera aussi à vibrer et à réfléchir. Purement magnifique, c’est un des meilleurs animé et un des meilleurs films que j’ai vu. Les dessins sont superbes, et le niveau de détail est époustouflant.
Hidalgo vous offre un autre registre d’aventure. Le film est un hommage à  Frank T Hopkins, qui fut un cavalier de l’infanterie américaine, mais aussi un cow-boy réputé pour son endurance. Il aurait couru plus de 400 course. Mais sa personnalité est toujours controversée, ainsi que la véracité de sa légende … Cependant, cela ne gâche rien au spectacle que ce film nous offre, nous invitant à le suivre avec  sa monture, Hidalgo, un cheval mustang, dans une course impossible de 5 000 kilomètres à travers les déserts arabes. Ce humble cheval des plaines indiennes pourra-t-il tenir tête aux purs sangs arabes ? Bon nombre des compétiteurs ne sont pas enchantés d’accepter un tel cheval dans la course, et encore moins disposés à le laisser la remporter. Ce film est véritablement épique, et servit par de très bons acteurs, comme Omar Sharif, cheikh des cheikhs et Viggo Mortensen.
Et comme vous avez pu le lire plus haut, j’ai vraiment aimé Les Heures sombres, dans lequel Gary Oldman incarne Winston Churchill lors de son accession au siège de Premier ministre de façon magistrale. Ce film donne à voir les prémisses de la Seconde Guerre mondiale en août 1940, et est purement époustouflant ! Je vous invite à le voir si ce n’est déjà fait. C’est exactement le genre de film historique que j’aime, un moment, des adversités, des choix cruciaux et une personnalité hors du commun. J’ai dévoré également la biographie de Winston Churchill par François Kersaudy, après avoir vu le film Les Heures sombres. Un ouvrage clair où l’on découvre son extraordinaire sens de l’analyse et de la stratégie, sa lucidité face à la guerre. Par exemple, il avait rédigé une note expliquant 3 années auparavant les différentes étapes de la bataille face aux Allemands pendant la Première Guerre mondiale, qui sera restée lettre morte … chronologie qui s’avérera juste, et perspicacité qui sera de nouveau de mise lors de la Seconde Guerre mondiale. Homme de guerre, c’est aussi un nom d’écriture, journaliste aguerri, et fait plus rarement connu c’est également un peintre, au talent certain, qui vendra de nombreuses toiles sous pseudonyme.

Pour vous donner un avant-goût, je mets en lien les bande-annonces disponibles en cliquant sur les affiches des films. Celle d’Hidalgo témoigne d’une esthétique un peu vieillie et épique en matière de bande-annonce … même les façons de les tourner changent, c’est assez drôle à voir.

 

hidalgo your name

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Qaanaaq

Qaanaq  de Mo Malo, un premier polar fascinant

L’enfant ouvre les yeux sur la nuit polaire. Sous sa couverture de phoque, ce n’est pas de froid qu’elle grelotte – elle a l’habitude. Elle vit déjà son troisième hiver interminable. Elle connaît tous les trucs, toutes les règles : les trois couches pour commencer, une en coton, une en laine, puis la peau tannée. Les tonnes de graisse animale à avaler chaque jour, comme une cuirasse calorique. Ça la dégoûte un peu. Mais il faut s’y faire. Non, c’est autre chose qui l’a saisie. L’a arrachée au repos. Une autre évidence échappée des immensités blanches, bleutées de lune, qui a pris le pas sur son rêve. Tous les Inuit le savent : rien de bon ne naît dans les songes. Au-dehors, les esprits de la banquise hurlent la colère obstinée de leur vent fou – le pitaraq, venu du désert de l’Inlandsis.

Voici un premier roman polar fort prometteur, qui a réveillé pendant ces vacances mes appétits de serial lectrice. Depuis cette pause salvatrice et cette redécouverte du plaisir de la lecture, ma PAL fond comme neige au soleil  😮

Avant tout détrompez-vous, si son auteur use d’un pseudonyme venant du froid, il a déjà fait ses armes en littérature … française. Je vous avoue qu’à la lecture du roman, et même encore maintenant, je tente de deviner qui cela peut être ! Mais les autres romans ayant été écrits également sous pseudonyme, cette enquête a encore quelques beaux jours devant elle  🙄

Qaanaaq

Le retour de Nanook

Notre héros, l’inspecteur Qaanaaq (prononcer Hraanaaq et non kanak) Adriensen est le fils adoptif d’un écrivain d’une série policière à succès et d’une inspectrice à l’esprit incisif. Celui-ci quitta sa terre natale le Groenland à l’âge de trois ans. Inspecteur respecté et redoutable de la police de Copenhague, c’est à la suite d’une enquête clôturée cahin-caha qu’il est contraint et forcé d’intégrer la police de la capitale Nuuk.
Celle-ci fait face à un tueur bien difficile à identifier. Au sein d’une importante plate-forme pétrolière, deux ouvriers ont été sauvagement assassinés. Si les attaques possèdent les marqueurs d’une attaque d’ours polaire, certains éléments laissent à penser que ces meurtres ne peuvent être que le fait d’une intervention humaine. en effet, depuis quand les ours crochetent-ils les portes et déposent des « tupilaks », statuettes traditionnelles présages de mort ?

Arrivé sur place, il doit faire face à sa directrice Rikka Engell, une fière danoise froide et ambitieuse, alors que le reste de l’équipe, fort peu rodée à ce type d’évènements – la criminalité étant quasi nulle ! – le laisse plutôt songeur quant à leur perspicacité, mais il peut néanmoins compter sur son collègue, l’inspecteur inuit Apputiku Kalakek, qui va l’initier aux us et coutumes inuits, entre « kaffemik* » et « imaqa** » insondables.
Découvrant sa culture natale, il se confrontera aussi à l’hostilité croissante des inuits vis à vis des danois dans un contexte indépendantiste sous haute tension. Les élections approchent et la sécurité de la plateforme pétrolière pourrait refaire basculer la donne entre les Canadiens de Green Oil et Artic Petroleum ..

Qaanaaq

Nuuk, Groenland. Photo de Filip Gielda via Unsplash

 

Un royaume en péril

J’ai beaucoup aimé l’éciture de Mo malo, qui mène habilement la progression rythmée et soignée de son intrigue. Il sait prendre le temps de poser le décor. Son paysage, le Groenland, est envoûtant. le paysage est un ingrédient éminnement important, un personnage à part entière. De plus, elle réserve quelques surprises, ce qui fait toujours plaisir ! La reconstitution de cet univers atypique pour nous est fouillée et détaillée. Vous apprendrez énormément de choses passionnantes. nous sommes très rapidement accrochés par cette vie rugueuse et ornée d’une aura de liberté absolue. Mode de vie, culture, de nombreuses clés culturelles nous sont offertes sans omettre aussi les zones d’ombre : le patriarcat traditionaliste, le nationalisme, les intérêts économiques et géopolitiques formés par le vivier pétrolier …

On ressent une véritable curiosité et fascination devant le mode de vie des inuits. C’est une écriture mesurée, sans idéalisme, ni noirceur que ce soit dans la peinture du Groenland et des autres personnages. Ceux-ci sont étoffés, avec leurs forces et leurs faiblesses. Les personnages secondaires ne sont pas là pour faire de la figuration : ils participent à part à entière à la restitution de cette vie polaire. J’ai eu plaisir à retrouver cet esprit différent que l’on peut croiser chez Jorn Riel ou encore chez Flemming Jensen. Un excellent premier polar qui vous envoûtera je l’espère !

  • * les kaffemik sont des pauses café conviviales et improviées entre les habitants
  • ** imaqa, ou peut-être, peut-être bien que oui ou que non … On ne peut jamais être sûr de ce que sous-entend alors notre interlocuteur. Flemming Jensen l’a illustré parfaitement. Cela dépend du contexte et du ton : réponse honnête et franche, dubitative, moquerie … c’est plein de choses à la fois.

 

A voir !
Editions de la Martinière

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