Le sommet des Dieux de Baku & Taniguchi

Le sommet des dieuxEffet mois de novembre ou rentrée sur les chapeaux de roue, il y a comme une envie d’ailleurs dans mes lectures et sur mon écran ! Ambiance manga à l’horizon avec en ligne de mire le pays du Soleil levant …
Tout d’abord revêtez la tenue la plus chaude que vous ayez, chaussez la paire de chaussures de marche la plus confortable que vous ayez. Même si nous n’irons pas très loin, il vous faut prévoir du ravitaillement, car une fois calé dans votre fauteuil/canapé/nid de lecture lecture, il vous sera difficile d’échapper aux cinq tomes du Sommet des Dieux. Vous pourrez même concrétiser vos envies d’ailleurs en quittant la civilisation sur le champ !

« Parce qu’il est là… »
Voilà ce qu’avait répondu Mallory à un journaliste lui demandant pourquoi il voulait escalader l’Everest.

Une ode au dépassement de soi sous fond d’enquête

Fukamachi Makoto, la trentaine, est un jeune photographe alpiniste qui se trouve à un tournant de sa vie. Quitté par celle qu’il voulait épouser, son amertume et ses interrogations sont d’autant plus fortes que la dernière expédition à laquelle il a participé a échoué et quedeux amis y ont laissé la vie. C’est en flânant dans un bazar de Katmandu, qu’il y découvre un étonnant appareil photo. Celui-ci est ressemble à s’y méprendre au Kodak qui accompagnait les alpinistes George Mallory et Andrew Irvine lors de leur expédition de 1924. Cette montée de l’Everest reste un mystère car les deux alpinistes ont disparus à la levée d’une tempête de neige. Jamais redescendus, sans aucune preuve du succès de leur ascension, il est impossible d’affirmer avec certitude qu’ils sont les premiers à avoir gravi le géant … Cette trouvaille permettrait de lever le voile sur ce mystère et changerait l’histoire de l’alpinisme mondial. L’objet dérobé dans sa chambre d’hôtel, Fukamachi se lance alors dans cette quête avec fascination. Sur son chemin, il rencontre le mythique Habu Jôji, disparu des circuits de l’alpinisme depuis une dizaine d’années, depuis un grave accident qui le blessa sévèrement et provoqua la mort de son compagnon de cordée et disciple.

sommet des dieux

Une œuvre sublime par le plus naturaliste des Mangaka

Une frilosité face au manga ? Sautez le pas avec cette pentalogie vous convaincra que loin des super-héros ou des séries à rallonge, il existe tout une palette de mangas que nous méconnaissons !  Les dessins de Taniguchi sont d’une richesse incroyable  et d’un réalisme saisissant. Aucune tricherie, chaque paysage, chaque vignette est originale. Le paysage est époustouflant et on ne peut qu’être admiratif d’un tel travail de précision. Taniguchi nous invite à prendre le temps, celui d’observer, d’admirer, de vibrer.  Mais surtout la finesse de son trait permet une expressivité et une variation des portraits, des émotions, de la psychologie des protagonistes. Cette oeuvre dessinée par Jirô Taniguchi est l’adaptation du roman de Yumemakura Baku, auteurs de romans d’aventure et de SF reconnu au Japon. Il s’agit d’une véritable histoire d’hommes, d’une enquête et d’une quête qui confine au dépassement de soi, au courage et à ce petit grain de folie qui sépare le rêve du possible. L’association de ces deux talents produit une oeuvre magistrale et puissante. Certaines scènes pourront vous habiter quelques temps. Pour ma part, il y a aura un avant/après Sommet des dieux et l’ensemble rejoindra ma bibliothèque personnelle !

Prix du dessin du Festival d’Angoulême de 2005.

Le Sommet des dieux
Jirô Taniguchi  Yumemakura Baku
Editions Kana

imageA voir !

kana.fr 

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Les disparus du phare, Peter May

Je suis donc vaniteux. Ou bien je ne suis pas très sûr de ma virilité. Singulièrement étrange de ne pas se connaître, d’essayer de deviner qui l’on est. Pas son nom ou l’apparence que l’on projette, mais ce qui constitue votre être. Suis-je intelligent ou stupide ? Suis-je colérique ? Facilement jaloux ? Généreux ou égoïste ? Comment puis-je ne pas le savoir ?
Quant à l’âge… Bon sang, quel est mon âge ? Difficile à dire. Je vois sur mes tempes quelques traces de gris naissantes, au coin des yeux des pattes-d’oie assez fines. Trente-cinq ? Quarante ?

les disparus du phare peter may

Lecteur, voici l’île Lewis qui resurgit présentant avec langueur ses sentiers escarpés et son indicible sauvagerie. Après la Trilogie Écossaise, Peter May nous embarque à nouveau sur cette île qui devient un pays à elle seule dans son paysage littéraire. Cette fois, ce n’est pas Fin MacLeod, qui sera votre hôte, mais un rescapé de la mer amnésique ! Rejeté par les flots, cet inconnu n’a aucune idée de son identité – oui, oui, ceci pourrait vous rappeler un certain Jason Bourne mais là s’arrête la comparaison ! …
Trempé jusqu’aux os, il est reconduit chez lui par une bonne âme charitable, une connaissance visiblement. Maclean, c’est donc son nom. C’est à travers les objets du quotidien qu’il cherche des indices, mais sa maison est étonnamment muette. Suffisamment pour qu’il se demande ce qu’il peut bien avoir à cacher, alors même qu’il est aux yeux de tous un écrivain débarqué il y a tout juste quelques mois pour enquêter sur les disparus du phare. Après avoir repris connaissance de son environnement proche, il ne tarde pas à se découvrir d’étonnantes connaissances en apiculture …

Quand le thriller se mêle au roman écologique

Ce nouvel opus mêle thriller entre la quête de l’identité de Maclean avec en toile de fond et fil rouge, l’impact de l’homme sur la nature. Si comparaison il devrait avoir, on peut imaginer que Jason Bourne ait croisé le militantisme d’un Ron Rash. Cette intrigue étonnante apporte un souffle rafraîchissant dans le monde du polar, cependant elle n’est pas exempte de défauts, qui me laisse finalement dubitative alors même que je ne demandais qu’à être convaincue.

Un nouvel univers référentiel

Si la progression de l’intrigue demeure rythmée, les personnages demeurent assez inégaux. Ils manquent pour certains d’épaisseur, parfois prévisibles, ce qui affaiblit à certains moments l’efficacité du scénario. Peter May crée avec une tendresse particulière une jeune fille fragile, mais certains traits de personnalité sont trop exagérés. Elle souffre de la présence trop importante d’une grande sœur littéraire : Lisbeth Salander. Son personnage semble être construit dans son ombre, mais avec maladresse. Par contre, l’écriture toujours aussi fine de Peter May y ressort avec brio dans sa peinture de la nature et cette enquête écologique. Ses peintures de l’île demeurent toujours aussi évocatrices et saisissantes.

Les amateurs de polar pourront rester un peu sur leur faim, en raison des petites faiblesses narratives, notamment des passages pivots du roman qui se démasquent et une fin un peu trop prévisible à mon goût. Ce nouveau cru est très étonnant lorsque l’on côtoie le monsieur depuis plusieurs romans. Il reste un roman agréable à lire toutefois  pour le plaisir de la plume de Peter May – la forme reste toujours autant séduisante – même s’il n’est un roman aussi époustouflant que Peter May m’en a donné la – bonne/mauvaise – habitude ! Peter May possède un univers à part entière, et ce croisement de références extérieures s’avère finalement assez déstabilisant ! Peut-être ai-je trop attendu le petit frère de sa fantastique trilogie écossaise !

Les Disparus du phare
Peter May
Editions du Rouergue
315 pages. 22,50€. ISBN : 9782812610646

A voir !

le site de Peter May
le site des éditions Le Rouergue

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L’heure de plomb, Bruce Holbert

Me revoici en ligne après une tonitruante rentrée, pleine de projets qui m’ont retenue loin du clavier ! Lire Ecouter Voir va pouvoir reprendre un rythme plus soutenu, et j’en suis ravie. J’ai le sentiment de revenir chez moi, et de revoir sous un nouveau jour cette maison que fêtera ses dix ans (déjà !) en mai prochain … Mais 2017 va voir la naissance d’un deuxième bébé blog correspondant aussi à d’autres univers que je souhaite explorer et partager avec vous 🙂 . Cependant pour le moment je ne vous en dis pas plus, hormis que je suis heureuse de vous retrouver pour de nouvelles explorations ! Un poil perfectionniste, je préfère ne pas faire, plutôt que mal faire, et le rythme soutenu du quotidien est l’ennemi numéro 1 du blogueur qu’il lui faut domestiquer ! Il faut dire également, que même silencieuse, de nombreux ouvrages peuvent me passer entre les mains et tomber aussitôt de celles-ci.  Ces trois semaines écoulées depuis mon dernier post en sont l’incarnation, et consacrer du temps aux lectures inachevées me tente guère. Une piste d’article très bref certainement !

Une rentrée littéraire tristounette …

Cette rentrée littéraire me laisse pantoise. Si le cru 2015 m’a tout de suite séduite avec de nombreux titres que j’attendais impatiemment, cette nouvelle cuvée ne m’a pas convaincue. J’ai besoin de trouver de nouvelles plumes, une écriture originale, des thèmes inédits, bref, un vent nouveau qui m’emporterait et me laisserait une vive empreinte. Et le vent ne souffle pas fort. Aussi désormais, je me consacrerai certainement plus particulièrement aux premiers romans et à une poignée de ce qui me semble des must-read. Alors ne perdons plus instant et entrons dans le vif du sujet !

Certains jours, quand le matin se faisait particulièrement brillant au givre ou embaumé d’efflorescences, ou que la vallée aplatissait l’aube, la réduisant à une simple ligne dure et rouge, que la lumière liquide jaillissait de ce trait et s’incurvait pour éclabousser la ville misérable ainsi que le terrain vague où il résidait avec sa famille, il ruminait sur la trajectoire d’une vie. La sienne lui paraissait comme une pierre qu’on aurait lancée ;  il n’avait pas la moindre idée du bras qui lui avait donné la direction.

Alors un must-read ou pas cette Heure de plomb de Bruce Holbert ?

L'heure de plomb Bruce Holbert Toute nouvelle parution des éditions Gallmeister stimule mon cortex et enclenche une irrépressible attente, un vif émoi et la perspective d’un très bon, voire excellent moment de lecture. La promesse des grands espaces américains, d’un monde sauvage et de l’homme face à lui-même, à ses pairs et à cette nature, qui n’est là ni pour lui plaire ou le satisfaire. Alors effectivement,  une telle impatience impose une lecture immédiate pour soigner le mal qui ronge !

Nous voilà donc projetés dans l’État de Washington, au cours d’une des plus effroyables tempêtes de neige, que le pays ait pu connaître. Nous sommes en hiver 1918, et si le continent européen n’est plus à feu et à sang, ce mortel blizzard restera dans les mémoires comme le fardeau de plus d’une terrible année aux Etats-Unis. C’est par cette nuit de tempête que Matt et Luke, deux jumeaux de quatorze ans, tentent de rentrer chez eux avant de rebrousser chemin, perdus dans la neige, vers leur école. Ce qui sera la chance de Matt et scellera à tout jamais son destin. Leur institutrice, réussira à faire rentrer les deux garçons, et au cours de cette nuit de lutte pour la survie, Luke s’éteindra alors que Matt deviendra brutalement un homme. Il devra reprendre les rênes du ranch,  son père étant porté disparu depuis cette terrible nuit. Épris de la jeune Wendy, avec qui il consacre les dimanches à rechercher éperdument son père, le jeune adolescent entier et maladroit, lui fait une cour assidue et anonyme. Alors même qu’il est démasqué à la suite d’une terrible décision, il s’enfuit.

Un Ouest sauvage, des personnages arides, les graines d’une mythologie

Ce roman est un émouvant portrait d’un Ouest américain en passe de devenir une véritable mythologie, celui que nous gardons en tête de ces premiers côlons. C’est ce qui frappe très rapidement dès les premières pages. Nous sommes en 1918, mais la rudesse de la nature et d’un pays en construction, plus réellement balbutiant mais tellement jeune encore, nous donne le sentiment d’emboîter le pas de ces hommes et de ces femmes bien  décidés à forger un pays à la mesure de leur rêve. Malgré tout. Face à tout. Et pour cela la plus grande partie du roman vous saisit jusqu’aux tripes. La relation intense et déchirante de Matt et Wendy porte les stigmates d’une vie marquée par le drame. Mais qui dit grands sentiments ne dit pas forcément romance. L’écriture de Bruce Holbert, à la fois poétique et crue, rend un bel hommage à ces grands espaces et donne à ses personnages une incarnation forte et fragile. Cependant si une grande partie du roman est plus que prometteuse, son écriture alerte n’arrive pas à sauver totalement les personnages des méandres avec lesquels ils se débattent.  A trop vouloir en faire peut-être pour articuler son roman jusqu’en 1950, j’y crois plus difficilement. Si la psychologie des deux personnages principaux les incite à poser des actes forts, parfois assez radicaux et  générateurs de tension dramatique, l’introduction et l’évolution d’un personnage et certains micro-évènement apportent finalement une rupture bien trop étonnante, pour que le roman n’en souffre pas un peu dans sa dernière partie.

L’Heure de plomb vs Le Sillage de l’oubli

Pour la défense de ce roman, qui demeure malgré tout un assez bon roman, il faut dire qu’en choisissant L’Heure de plomb, je ressentais toute l’excitation de retrouver une saga familiale et historique – chose très étonnante car ce n’est pas forcément le style de roman vers lequel je me tourne spontanément, c’est dire si la caution « Gallmeister » est forte 😉 – comme le Sillage de l’oubli. Et c’est avec cette empreinte très vive, en arrière-fond, que ma lecture s’est faite. Or Le Sillage de l’oubli demeure pour moi un roman d’une exceptionnelle beauté, aussi sauvage et dur qu’il puisse être. Il fait partie de mes séismes littéraires, ces œuvres que vous ne pouvez quitter et qui ne vous quittent pas, pour lesquelles il y a un avant/un après, et que vous recommandez/offrez/prêtez à la lie. Et si je n’aime pas chercher « une lecture qui ressemble à », par la force du thème je ne peux qu’arriver à mettre en perspective ces deux épopées. Et s’il devait n’en rester qu’une, ce sera le Sillage, assurément, d’une puissance narrative plus maîtrisée.

 

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Yaak Valley, Montana

Il rêva également. Un diamant inversé sur le front. Un arbre. Il était un paysage. Il était couvert d’arbres. Il était le yaak. Il était Glacier Park. Il était toutes les vallées majestueuses du Montana occidental, traversé par delà les ombres des nuages. Les tempêtes se brisaient contre son nez. Il n’était que très peu peuplé. Il était une ville. Il regorgeait de voies rapides et de lumières. Il rêva qu’il avait une soeur, une soeur très belle, et dans son rêve il se fit lui-même la réflexion que cette fille était Rachel et qu’il rêvait d’un autre esprit contenu à l’intérieur du sien, un frère que Rachel n’avait jamais eu, un fils. Dans son rêve, il se disait que nous contenions tous un nombre incalculable de masses et que les gens n’étaient que de simples potentialités, des exemples, des cas. Qu’une vie entière pouvait se résumer à un simple dossier. Que le DSF était une sorte d’ordre monacal.

Yaak valley Montana C’était avec impatience que j’entamais sa lecture et celle-ci ne fut pas déçue. Avec son premier roman, l’un des meilleurs de cette rentrée littéraire, Smith Henderson laisse une empreinte dans les esprits. Roman social, roman humaniste mais aussi naturaliste, il offre une incursion auprès des plus démunis et côtoie les terres chères au nature writer Rick Bass.

Années 80, Yaak Valley Montana. Dans cet espace sauvage, des communautés vivant auparavant du fer vivotent à qui-mieux-mieux alors que la crise frappe violemment la région. C’est ce lieu que tout le monde semblerait vouloir fuir, que Pete Snow, assistant social, choisit pourtant comme terre de renouveau. Divorcé de Beth, il ne voit qu’occasionnellement sa fille Rachel, 13 ans, trimballée dans les bringues et plans douteux de sa mère. Son quotidien n’est pas aisé mais il y a des gamins qui rendent son travail est impératif. D’abord, il y a Cecil et sa sœur,  perdus entre les mains d’une mère démissionnaire et droguée, le premier semble être une bombe à retardement. Et il y a Benjamin. Un gamin fluet aux vêtements crasseux, tout droit sorti de la forêt qui se présente de façon inopinée dans la cour de l’école. Un gamin presque sauvage qu’il raccompagne chez ses parents, armé de nouveaux vêtements, de vitamines et de conserves. C’est là dans le Yaak, dans une forêt profonde, où il se retrouve nez-à-nez avec le colossal et intrigant Jeremiah Pearl. Entre cet homme ombrageux et méfiant, persuadé de l’effondrement de la civilisation, et Pete va naître une relation ambivalente. Alors même que Pete tente de percer le secret de cette famille, il doit se confronter à ses propres difficultés et se lancer dans la recherche éperdue de Rachel, qui a choisi de fuguer.

Avec son premier roman, Smith Henderson marque les esprits qui suivront de près le deuxième opus. Il fait partie de ces livres de la rentrée littéraire à suivre à travers cette première édition prometteuse. Roman social, roman humaniste mais aussi naturaliste, il offre une incursion au plus près des laissés pour compte. C’est une véritable société marquée par la désillusion du rêve américain, où le drame peut poindre à chaque instant. Une société d’équilibristes irrémédiablement attirés par la chute et qui se heurtent aux limites même de leur univers.
Son écriture énergique porte un souffle à son récit qui ne s’embourbe pas pour autant dans les méandres du désespoir et de l’enchaînement des événements, grâce à ses trois intrigues déployées en parallèle. Il a notamment la trouvaille assez maligne de ponctuer les chapitres de questions/réponses de Rachel. Introspection ? Interrogatoire ? La forme  peu formelle laisse le libre choix au lecteur.

Un premier roman à découvrir pour ses personnages hors normes, un réalisme cru, nécessaire sans être mièvre ou racoleur, une écriture ambitieuse et maîtrisée. La plume intelligente de Smith Henderson rend hommage aux travailleurs sociaux mais sait révéler et jouer avec les ombres et lumières d’un même individu. Une réussite.

Yaak Valley, Montana
Smith Henderson
editions Belfond
500 pages. 23€. ISBN : 978-2714456786

imageA voir !
Smith Henderson 
Les editions Belfond 

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Derniers feux sur sunset

Je ne me rappelle pas ce que tu portais, dit l’intéressé. Mon seul souvenir, c’est que tu étais un petit con teigneux.
– Tu m’as bien regardé là ?
– Et toi, tu t’es regardé ? Te voilà devenu un vieux con teigneux, c’est tout.

Derniers feux sur sunset

Derniers feux sur Sunset est ce petit bonbon de la rentrée littéraire qui ravira les aficionados de Fitzgerald, mais charmera aussi celles et ceux séduits par l’atmosphère surannée et extatique du Hollywood des années 30.

Derniers feux sur un amour

Francis Scott fête ses dix-sept ans de mariage avec Zelda Sayre. C’est un anniversaire de mariage pas comme les autres au Highland Hospital. Sa femme n´est plus que l’ombre de la pétillante jeune femme qui l’a subjugué tant sa schizophrénie l’a atteint. Un monde prend fin et celui à venir reste encore incertain. Sans le sou, les Fitzgerald ont été rettrapés par leur insouciance et leurs excès. La porte de salut semble être sur la côte Ouest, où Scott doit se rendre pour rejoindre la cohorte des écrivains-scénaristes de la MGM. Rien n’est acquis, sa réputation d’alcoolique porte une ombre à la célébrité acquise avec Gatsby et Tendre est la nuit. Il doit montrer patte blanche avec une sobriété impeccable et évoluer au sei  un microcosme qu’il a quitté il y a quelques années déjà mais semble avoir bien évolué.

Une aventure hollywoodienne mais avant tout une aventure humaine

Dans ce roman biographique, Stewart O’Nan offre un portrait saisissant et extrêmement touchant du chef de file de la Génération perdue. Nous pénétrons dans son intimité forgée autour de sa femme Zelda, sa fille Scottie, et son dernier amour Sheilah Graham. Nous sommes bien loin du conte de fées et de l’image tourbillonnante que nous nous faisons à l’évocation du couple Scott/Zelda et découvrons un homme dépassé par les événements. Attaché à son épouse, père attendrissant et complice avec sa fille, c’est un homme qui dout faire face à ses démons, acharné de travail etmalmené, qui entrevoit enfin une vie apaisée et harmonieuse. Ses dernières années méconnues semblent un soleil couchant sur un monde où la création est déjà grignotée par l’affairisme et les compromissions. Désenchanté par son amitié désormais à sens unique avec Hemingway et traité avec nonchalance comme un scénariste parmi tant d’autres, alors même que d’autres récolteront les fruits de son travail, Scott impressionne par la puissance de sa contradiction. Battant qui souhaite s’imposer, mais aussi fatigué et las, rongé par son attraction pour l’alcool, il se révèle à la fois magnifiquement fort et faible. Profondément humain.

Une plume fine servie par une traduction impeccable

Concentré sur les dernières années de sa vie (1937-1940), O’Nan retrace sans misérabilisme, ni voyeurisme, l’effondrement qu’évoque Fitzgerald dans une nouvelle éponyme. Extrêmement bien documenté, il fait revivre un Hollywood palpitant, où se croisent Bogart, Hemingway, Dietrich … et cela sans tomber dans le revue mondaine et le boursoufflement des anecdotes. Son approche sans être psychologisante est suffisamment équilibrée pour entrevoir cette personnalité complexe. Quant à la traduction de Marc Amfreville, qui s’est attelé aussi au somptueux Lettre Écarlate mais également au Sillage de l’Oubli, elle se remarque par son élégance et sa précision respectueuse du style de O’Nan.

Derniers feux sur Sunset
Stewart O’Nan
Editions de l’Olivier
396 pages. 23€. ISBN : 9782823605280

A voir !

imageles Editions de l’Olivier

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