Les étoiles s’éteignent à l’aube, de Richard Wagamese

– Y faut que tu m’enterres face à l’est, dit-il. Assis, comme un guerrier.
– T’es pas un guerrier.
Son père était assis à tirer sur la cigarette qu’il tenait du bout de ses doigts maigres, puis il la lança par-dessus la rambarde. Il se leva, tendit le bras pour prendre la bouteille qu’il porta à sa bouche, avala deux gorgées, d’un coup sec, puis il jeta aussi la bouteille par-dessus la rambarde. Il se retourna vers le garçon, tituba un peu, mais il posa une main sur la table pour se stabiliser et regarda son fils les yeux mi-clos.
– Je l’ai été autrefois. Faut que j’te raconte ça. Faut que j’te raconte plein de choses.
– Comme ça tu veux marcher et parler du bon vieux temps ?
– C’était pas le bon vieux temps. N’empêche qu’il faut que tu écoutes ça quand même. C’est tout c’que j’ai à te donner.
– Ca ne sera jamais assez.

Premier roman édité en français de Richard Wagamese, auteur de la première nation Ojibwe, Les Etoiles s’éteignent à l’aube, est pourtant le septième roman de ce journaliste canadien. Une maîtrise d’écriture qui explique la puissance de ce récit intimiste et profondément émouvant sur la rédemption et la paternité.

Il s’agit de deux rencontres entre un père, Eldon, et son fils Frank. Une première rencontre ratée à sa naissance, un homme face au désarroi qui préfère confier son fils à un gardien, « un protecteur », le Vieux. Celle quelques années plus tard de ce même homme et de son fils alors âgé de seize ans. Tous deux savent très bien que le temps ne peut se rattraper, encore moins à la va-vite alors que Eldon, qui s’est détruit dans l’alcool, est mourant. L’homme qui a tellement déçu ce fils, lui impose une requête ultime : celle de l’emmener en montagne, au coeur de la forêt où il ne fut jamais autant heureux pour le déposer assis au pied d’un arme, comme un soldat, ainsi que le veut la tradition Ojibwe. Il s’agit pour le jeune Frank, adolescent sage et taciturne, d’aller au coeur de son histoire familiale, de se confronter à son identité, à ses racines. Eldon arrive Les etoiles s'éteignent à l'aube à baisser la garde  et faire tomber les masques. Sa longue confession livre son histoire, unique héritage de Frank.
Dans les terres sauvages du Canada, les deux hommes prennent la route et entament un chemin qui prend des allures de confession et de rédemption.

 Au coeur d´une Colombie britannique sauvage et parfois glaçante, père et fils livrent l’aridité de leur chemin, l’un ayant rencontré des souffrances insoupçonnées, le second ayant toujours grandi dans l’attente de ce père absent ou négligeant. La rédemption et le pardon en ligne de mire, ils entament un véritable « medicine  walk » au bout duquel un Golgotha les attend. Pas de crucifixion ou de résurrection en perspective, mais un échange de coeur à coeur.

Ce roman intense est une pépite de finesse disséquant les âmes et mettant en lumière leur fragilité malgré une rudesse apparente. Magnifiquement écrit, ce n’est pas un roman inutilement bavard ou versant dans une prose larmoyante. L’économie des mots est au service de la beauté des images et de la force des dialogues.  Les Étoiles s’éteignent à l’aube vous surprendra la dureté, la mélancolie mais aussi l’apaisement qui s’en dégagent.

Les Étoiles s’éteignent à l’aube
Richard Wagamese
Editions ZOE
288 pages. 20€. ISBN : 972-2-88927-330-0

À voir !

imageRichard Wagamese
Les Editions ZOE

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5 albums anti-morosité contre le Blue monday !

Le 3e lundi du mois de Janvier est qualifié de « blue monday« , le jour de l’année le plus déprimant !
Ce sont des études très sérieuses d’un psychologue, Cliff Arnal de l’Université de Cardiff, qui ont démontré que ce lundi ne serait pas un lundi comme les autres.
Sempiternel retour de week-end, oui mais que cela ! Le soleil et les températures sont au plus bas, les « vacances » de fin d’année commencent à être loin, et pour certains qui auront faits des folies à Noël, les dettes à éponger alors que le salaire semble être lui aussi tout aussi loin … Quant aux « résolutions » nouvelle année, elles ont en général pris un peu de plomb dans l’aile si elles ne sont pas désormais lettre morte … Fatalitas ? Ces études auraient financé par une agence de voyage prônant justement des produits spécifiques pour s’évader au morne mois de janvier et Cliff Arnal a également pris du recul face à ce travail et avoue désormais que la formule du lundi déprimant n’aurait pas de sens ! Ouf, nous voilà soulagés  😉

blue monday
W Weather (météo), (D-d) debt (dettes contractées à Noël – capacité effective de remboursement avant la prochaine paie), T Time (temps écoulé depuis Noël), Q (temps écoulé depuis nos résolutions du Nouvel An), M (Manque de motivation), Na (besoin d’agir) … Ne cherchez pas d’unités, il n’y en a pas oO !

Dans le doute, préparez chocolats et autres douceurs pour écouter une sélection subjective anti-morosité !

devendra banhart cripple crow
Devendra Banhart * Cripple crow

Un univers folk, joyeux, irrévérencieux et hautement joyeux, Devendra Banhart crée le renouveau de la folk psychédélique !

Donavon Frankenreiter * Move by yourself
Donavon Frankenreiter * Move by yourself

Entre funk, soul et jam, un album énergique !

Frida * BO du film
Frida * BO du film

Oscar de la meilleure musique de film en 2003, la BO d’Elliott Goldenthal vous emporte au Mexique,
entre une pointe de mélancolie et joie de vivre

Nathaniel Rateliff and the Night Sweats
Nathaniel Rateliff and the Night Sweats

Gros coup de coeur pour ce groupe récemment découvert entre vintage R&B, gospel et soul !
Une musique pleine de vie qui donne la pêche !

Iggy Pop * Lust for life
Iggy Pop * Lust for life

Pour son Passager et Lust for life, quels meilleurs médicaments anti-morosité ?

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Joséphine Baker, une biopic extraordinaire

Joséphine Baker

Boston, Milwaukee, Desmoines, Indianapolis, Chicago … Nous sommes allés partout ! J’ai même vu ma famille a Saint-Louis. Je suis de Saint-Louis. Ma mère n’en revenait pas : 30 dollars par semaine. Peut-être la première fois qu’elle était fière de moi. Depuis j’envoie chaque mois de l’argent pour payer les cours de musique de la petite sœur. Et puis à Saint-Louis, la pièce, on l’a jouée dans un Grand Théâtre du quartier blanc ! Ça aussi, ça l’a impressionnée la mère ! Partout, les théâtres étaient remplis de jeunes Blancs. Extraordinaire, non ? Des Blancs qui applaudissent des NOIRS !

Premier coup de coeur de l’année avec la biographie dessinée de l’éblouissante et pétulante Joséphine Baker !

D’aucuns connaissent sa fameuse ceinture de bananes, dont elle était vêtue pour ses spectacles au sein de la Revue nègre lors de ses débuts parisiens. Cette image iconique est la première convoquée à l’esprit lorsque nous évoquons  « la Baker ». Si nous connaissons également l’amour indéfectible qu’elle eut la France dans une adoption mutuelle, bien moins nombreux son ceux qui connaissent également son action de résistante  ainsi que son projet de tribu arc-en-ciel en adoptant des enfants de chaque couleur et chaque religion. Car au-delà de la meneuse de revue, Freda Josephine McDonald de son vrai nom, est une femme à multiples facettes, mue par un véritable humanisme. Stigmatisée dans son pays d’origine toujours dominé par la ségrégation raciale, respectée et adulée en France, elle sut offrir ses talents et humanisme à la résistance de Charles de Gaulle et au combat de Martin Luther King. Fillette sans père, temporairement placée chez une tante, elle se décide à composer une tribu arc-en-ciel, véritable message de fraternité possible, au sein de son « village du monde » en Dordogne.

C’est avec une grâce et un travail constant d’enquêteurs que Catel et Bocquet joignent leurs talents respectifs pour rendre  hommage à de belles figures de femmes. Depuis 2007, ils ont croqué avec intelligence et bonheur Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges ou encore Benoîte Groult qui nous quitta récemment. Cela peut nous sembler donc assez naturel que d’aborder une personnalité avec forte que Joséphine Baker, première star noire internationale, qui a su mettre son multiculturalisme au service de la lutte pour les droits civiques. Et pourtant, ce joli projet est le fruit d’une collaboration étroite avec l’un des fils adoptifs – et biographe par ailleurs de Joséphine-, Jean-Claude Bouillon-Baker. Trois belles années de travail documentaire, de rencontres et de repérages dans les pas de Joséphine avec en point d’orgue la découverte  passionnante d’une femme hors du commun. À lire absolument !

Leur prochain projet portera sur la chanteuse Nico, qui démarra sa carrière au sein du Velvet Underground avant de mener une carrière solo avant-gardiste.


La vie de Joséphine Baker en BD

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Happy New Year !

Happy New Year to you !

C’est parti pour une nouvelle année de découvertes et de plaisir ! Merci à toutes et tous pour votre fidélité !

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Oh Oh Oh

Je vous souhaite un très joyeux Noël et de belles fêtes de fin d’année !

 

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Bull mountain, de Brian Panowich

Il ne voyait pas où son frère voulait en venir avec ses histoires de frelon, mais ça lui était égal. Hal ne lui parlait pas si souvent, alors il en profitait. Ils avaient dix ans d’écart – Buckely était né pile entre eux deux – donc ils n’avaient pas grand-chose en commun. Et puis, Hal était en général trop pris par ses cultures en haut de la montagne pour faire l’idiot avec son petit frère. Clayton le comprenait. Les affaires d’abord. Mais même depuis que Clayton avait douze ans et que papa l’autorisait à les aider, Hal ne s’intéressait pas particulièrement à son cas. Avec cette conversation, c’était différent ; c’était la première fois qu’il lui parlait autant. Clayton se dit que peut-être Hal commençait à le considérer comme un homme – comme un frère. Cette seule pensée le fit léviter de quelques centimètres au-dessus de son siège.

bull_mountainEt pourtant que la montage est belle

Nous sommes en 1949. Riley Burroughs va inaugurer malgré lui un nouveau de pan de l’histoire du clan Burroughs. Depuis trois générations, cette famille règne en hors-la-loi sur Bull mountain grâce à la contrebande. Lorsque Cooper, demi-frère de Riley, arrive accompagné de son fils Gareth âgé 9 ans, Riley sait que la confrontation va être rude. S’il a réussi à rallier une partie des membres de la famille à sa cause, Cooper refuse son plan visant à refaire une réputation à la famille en cédant des terres aux promoteurs. Et ce refus, c’est à la manière Burroughs. Une première leçon pour l’un des héritiers du clan.
2015, les fils de Gareth ont pris des chemins opposés. Halford fait prospérer les affaires du clan qui se sont diversifiées, entre méthamphétamines, cannabis et vente d’armes. Clayton, le petit dernier, est lieu devenu le sheriff. A défaut de pouvoir le stopper, il arrive à protéger les habitants et à maintenir une paix fragile. Approché par un agent fédéral, Simon Holly, pour convaincre Hal de démanteler un gang avec qui il est en affaire, Clayton pris entre deux feux, n’a d’autre choix que d’accepter pour épargner son frère et protéger la ville.

 

Comment ?! Un premier polar noir au cœur d’une Géorgie sauvage ! Il n’en fallait pas tant pour m’appâter. Dans un premier roman noir et plutôt bien ficelé, Brian Panowich entame une trilogie qui semble somme toute prometteuse. Le pompier de Géorgie, écrivain à ses heures perdues, déroule une intrigue qui ne laisse pas de place à la contemplation béate de la nature. Et pourtant sans ce duel de Caïn et Abel, cette montagne puissante, froide, indifférente aux hommes serait un hâvre de paix.

bull mountain
Une vue de Bull mountain, splendide décor du roman éponyme

De la matière, de forts personnages mais une intrigue maltraitée

Le ton est donné dès les premières pages, et Brian Panowich frappe très fort avec la leçon donnée à Gareth. Et c’est à travers cette scène que Brian Panowich m’a eue et m’a fait rentrer dans son roman, à travers cette scène aussi forte que la pierre angulaire de Sukkwan Island de David Vann. Mais là s’arrête la comparaison avec l’auteur alaskain, même s’ils partagent tous deux la même veine pour le drame familial violent et sauvage. Eh oui, pour eux, l’enfer c’est les autres, à commencer chez soi. L’écriture de Panowich mêle flashbacks et portrait, procédé assez usité, mais qui mène efficacement à la reconstitution du puzzle Burroughs sur un rythme plutôt effréné. Mais c’est aussi de ce procédé que le roman tire une partie de sa faiblesse. L’intrigue en millefeuille évolue avec un manque de fluidité assez gênant sur la fin du roman, d’autant plus que la résolution choisie par Panowich est assez osée. Enchaînant deux twists finaux, qui peuvent néanmoins tenir la route, j’ai le sentiment d’un auteur qui accélère un peu trop artificiellement le rythme et s’emmêle avec le lever de rideau final, et cela au détriment de la vraisemblance. Dommage, car une des grandes forces du roman, ce sont les personnages, qui sont plutôt bien traités à défaut d’être pour certains bien traitants. Les personnages secondaires possèdent suffisamment de corps pour ne pas être juste une ombre utilitaire. Quant aux femmes, mises à mal au sein de ce clan, ce sont de beaux portraits de femmes fortes apportent justement à travers leur histoire une charpente solide à l’ensemble de l’ouvrage.

Un premier bon roman prometteur dont la fin peut tout de même désappointer certains amateurs de polars rompus à certaines pirouettes narratives.

Bull mountain
Brian Panowich
Actes Sud
336 p. 22,5€. ISBN : 978-2-330-06061-9

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Le sommet des Dieux de Baku & Taniguchi

Le sommet des dieuxEffet mois de novembre ou rentrée sur les chapeaux de roue, il y a comme une envie d’ailleurs dans mes lectures et sur mon écran ! Ambiance manga à l’horizon avec en ligne de mire le pays du Soleil levant …
Tout d’abord revêtez la tenue la plus chaude que vous ayez, chaussez la paire de chaussures de marche la plus confortable que vous ayez. Même si nous n’irons pas très loin, il vous faut prévoir du ravitaillement, car une fois calé dans votre fauteuil/canapé/nid de lecture lecture, il vous sera difficile d’échapper aux cinq tomes du Sommet des Dieux. Vous pourrez même concrétiser vos envies d’ailleurs en quittant la civilisation sur le champ !

« Parce qu’il est là… »
Voilà ce qu’avait répondu Mallory à un journaliste lui demandant pourquoi il voulait escalader l’Everest.

Une ode au dépassement de soi sous fond d’enquête

Fukamachi Makoto, la trentaine, est un jeune photographe alpiniste qui se trouve à un tournant de sa vie. Quitté par celle qu’il voulait épouser, son amertume et ses interrogations sont d’autant plus fortes que la dernière expédition à laquelle il a participé a échoué et quedeux amis y ont laissé la vie. C’est en flânant dans un bazar de Katmandu, qu’il y découvre un étonnant appareil photo. Celui-ci est ressemble à s’y méprendre au Kodak qui accompagnait les alpinistes George Mallory et Andrew Irvine lors de leur expédition de 1924. Cette montée de l’Everest reste un mystère car les deux alpinistes ont disparus à la levée d’une tempête de neige. Jamais redescendus, sans aucune preuve du succès de leur ascension, il est impossible d’affirmer avec certitude qu’ils sont les premiers à avoir gravi le géant … Cette trouvaille permettrait de lever le voile sur ce mystère et changerait l’histoire de l’alpinisme mondial. L’objet dérobé dans sa chambre d’hôtel, Fukamachi se lance alors dans cette quête avec fascination. Sur son chemin, il rencontre le mythique Habu Jôji, disparu des circuits de l’alpinisme depuis une dizaine d’années, depuis un grave accident qui le blessa sévèrement et provoqua la mort de son compagnon de cordée et disciple.

sommet des dieux

Une œuvre sublime par le plus naturaliste des Mangaka

Une frilosité face au manga ? Sautez le pas avec cette pentalogie vous convaincra que loin des super-héros ou des séries à rallonge, il existe tout une palette de mangas que nous méconnaissons !  Les dessins de Taniguchi sont d’une richesse incroyable  et d’un réalisme saisissant. Aucune tricherie, chaque paysage, chaque vignette est originale. Le paysage est époustouflant et on ne peut qu’être admiratif d’un tel travail de précision. Taniguchi nous invite à prendre le temps, celui d’observer, d’admirer, de vibrer.  Mais surtout la finesse de son trait permet une expressivité et une variation des portraits, des émotions, de la psychologie des protagonistes. Cette oeuvre dessinée par Jirô Taniguchi est l’adaptation du roman de Yumemakura Baku, auteurs de romans d’aventure et de SF reconnu au Japon. Il s’agit d’une véritable histoire d’hommes, d’une enquête et d’une quête qui confine au dépassement de soi, au courage et à ce petit grain de folie qui sépare le rêve du possible. L’association de ces deux talents produit une oeuvre magistrale et puissante. Certaines scènes pourront vous habiter quelques temps. Pour ma part, il y a aura un avant/après Sommet des dieux et l’ensemble rejoindra ma bibliothèque personnelle !

Prix du dessin du Festival d’Angoulême de 2005.

Le Sommet des dieux
Jirô Taniguchi  Yumemakura Baku
Editions Kana

imageA voir !

kana.fr 

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