Trois saisons d’orage, Cécile Coulon #Madeleine2017

Trois saisons d’orage
Mon exemplaire devrait vite rejoindre ma bibliothèque … en attendant hop un cœur sur les exemplaires du travail !

Les Fontaines, ce village minuscule, tachent le paysage, morceau de craie dérivant au coeur d’une mer végétale et calcaire. La forêt crache les hommes comme des pépins, les bois bruissent, des traînées de brume couronnent leurs faîtes au lever du soleil, la lumière les habille. A l’automne, des vents furieux secouent les arbres. Les racines émergent alors du sol, les cimes retournent à la poussière, le sable, les branches et la boue séchée s’enlacent en tourbillons au-dessus des toits. Les fourmis s’abritent dans le ventre des collines, les renards trouent le sol, les cerfs s’enfuient ; les corbeaux, eux, résistent toujours à la violence des éléments.
Les hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s’y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d’orgueil, qu’elle était là avant eux, qu’elle ne leur appartenait pas, mais qu’ils lui appartiennent. Elle peut les broyer à la seule force de sa respiration, elle n’a qu’à frémir pour qu’ils disparaissent.

André est un jeune médecin qui a vu mourir bien trop d’enfants. A la fin de la guerre, il décide de quitter Lyon et ouvre un cabinet aux Fontaines. Là il retrouve un certain équilibre et se consacre aux habitants qu’ils soient paysans ou « fourmis blanches » des carrières. Lorsqu’il se rend au chevet à nouveau d’un enfant mourant, il est malgré tout subjugué par le charme de cette magnifique demeure des Trois-Gueules. Aussi quand il lui est possible d’en faire l’acquisition, aucun doute ne subsiste : cette demeure est faite pour lui et les enfants à venir. Cela se réalise de façon providentielle avec l’arrivée de Bénédict, fruit de ses amours d’un soir avec Élise… Ainsi s’ouvre l’histoire de trois générations aux Trois-Gueules.

Il y a des rencontres en littérature qui se déroulent comme des coups de foudre, un je-ne-sais-quoi qui s’échappe sous les mots et pourtant on semble le cerner si fort. Trois saisons d’orage est pour moi une véritable madeleine. Dès les premières lignes, c’est un univers fourmillant de charmes, d’images et d’impressions qui marquent vivement l’esprit. Vous rentrez dans ce livre, comme vous rentrez dans Les Fontaines. Car vous y êtes. Pour de vrai. Avec un charme fou, elles vous embarqueront, car s’il y a bien un personnage à part dans ce roman, c’est bien ces Fontaines et la demeure des Trois Gueules. Le paysage, le village, qui modèle et soumet les hommes. Sans aller à parler de nature writing, nous touchons du doigt cet univers.

Ornée d’une facture que d’aucuns appelleront « classique », cette tragédie familiale est un condensé de littérature.  Une vraie littérature, celle que j’aime et que je souhaite rencontrer plus souvent. Celle que je savoure quand je me plonge dans un Stefan Zweig, un Proust. Oui, car qui dit madeleine, qui dit une nostalgie heureuse et presque douce-amère. Une découverte impressionnante, car au fond de vous vous savez que vous ne retrouverez pas sur n’importe quel autre chemin ce sentiment, issu du mariage d’une écriture précise et virtuose et d’une narration aussi fine q’implacable. Je n’évoquerai pas plus en détail l’intrigue de peur de trop en dire, mais faites confiance au charme des quelques lignes choisies, il vous ensorcellera vite ! Dans mon palais de mémoire littéraire, Trois saisons d’orage aura une place de choix. Chapeau bas, mademoiselle, que vous puissiez encore nous offrir de si belles pages.

Il a été couronné du Prix Page des libraires 2017. Une fois n’est pas coutume, je vous conseille un réseau social, la page Facebook de l’auteur, qui partage avec nous non seulement un humour corrosif et décapant mais aussi des beaux instants d’écriture.

Trois saisons d’orage

Cécile Coulon
Editions Viviane Hamy
272 pages. 19€. ISBN 9782878583373

 

 

 

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Après la chute de Dennis Lehane

Me voici à nouveau en ligne après un grand déménagement qui m’aura accaparée à juste titre et plus longuement que prévu ! Un nouveau rythme de vie à trouver mais surtout plus de sérénité et de calme dans le beau Parc naturel régional du Médoc ! La magie de la forêt opère, l’automne arrive, le feu dans le poêle démarre, que de bons auspices pour des lectures savoureuses 😊

Après la chute

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pendant cette période bousculée, j’ai néanmoins pu faire de jolies découvertes, suivre quelque peu la rentrée littéraire et profiter également d’un chouette partenariat grâce au Picabo River Book club de Léa Mainguet et les éditions Rivages pour la sortie d’Apres la chute de Dennis Lehane. Pour toutes celles et ceux mordus de littérature américaine et qui ne connaîtraient pas encore ce groupe, je vous le recommande chaudement. C’est un groupe convivial où domine le partage et l’echange de passionnés 📖

Alors que nous raconte le dernier Lehane ? Le charismatique auteur de Mystic River et Shutter Island joue à nouveau avec nos nerfs et ceux de son personnage principal Rachel Childs dans une quête psychologique autour de son identité. Alors qu’elle n’est encore qu’une très jeune enfant, sa mère se sépare de son père et l’exclue de sa vie refusant de lui révéler son identité. Un paradoxe pour cette femme qui signe notamment un très célèbre ouvrage de psychologie du couple. Comme dit le proverbe, c’est les cordonniers … Immanquablement ceci entraînera Rachel sur les traces de son père au décès de sa mère. Dotée d’une jolie petite fortune, la jeune héritière compte s’appuyer sur les services d’un détective privé …

C’est sur ce pitch  assez cinématographique que démarre notre enquête, découpée en trois parties cherchant à structurer un polar finalement décousu. Assez rapidement, j’ai eu le sentiment d’une lecture feuilleton. Il est vrai que le démarrage étant assez lent, mais ce n’est habituellement pas un souci non plus.

Dans la première partie, l’intrigue évolue à petit feu. On se dit alors que le cadre se pose, le décor se plante. Une certaine  façon d’apprehender nos futurs compagnons de route. Une accélération bienvenue s’opère alors quitte à bousculer et évacuer des éléments d’intrigue. Le trouble se sème et je crois encore à un coup de maître en préparation. L’impatience mêlée d’ encore un peu d’excitation est toujours là, arrivés que nous sommes au point d’ouverture du roman. D’aucuns considèreront la troisième partie comme un bouquet final. Pour ma part, je n’ai pas compris cette volonté de surenchère dans une intrigue en laquelle on ne croit plus. Ce n’est plus surprenant, cela devient trop. La frontière du vraisemblable est dépassée et la magie de la fiction se brise.

Il y a de bonne idées a ne pas en douter, car l’auteur est un excellent écrivain, peut être moins en forme sur ce coup là car  Dennis Lehane donne l’impression dans cet opus de n’avoir su choisir entre deux intrigues (celle de Rachel et sa quête paternelle et celle que je nommerai les mystères de Brian) tant et si bien que j’ai le sentiment après avoir fermé le livre et en préparant mon article avoir affaire à deux romans en un, très distincts, bien trop distincts pour que cela ne soit pas gênant contrairement à ce que Gilian Flynn peut indiquer dans son commentaire en quatrième de couverture : selon moi, il n’y a pas de réunion entre les deux romans si ce n’est d’une façon trop artificielle pour que l’ensemble tienne. Le seul point d’ancrage demeure Rachel, un personnage fort peu attachant au demeurant dont on a un peu envie de secouer les puces.

Une lecture qui me laisse pantoise vous l’aurez compris mais j’attends tout de même le prochain Dennis Lehane, en espérant y retrouver le talentueux écrivain.

Après la chute
Dennis Lehane (traduit par Isabelle Maillet)
Editions Rivages
455 pages. 22€. ISBN : 9782743640590

À voir

Dennis Lehane
Editions Rivages
Picabo River Book Club

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Holmes, après Holmes

holmesCet été est un peu particulier, j’arrive à lire mais ai peu de temps pour arriver à me poser et écrire. Il faut dire que partant en vacances, j’ai fait une déconnexion numérique fort appréciable 😁 Un vrai bonheur que d’échapper à l’horloge et aux écrans ! Alors avant le flux de la rentrée littéraire, voici une jolie découverte en bande dessinée : la série Holmes.

Cette série en cours propose déjà quatre  livres et propose d’explorer « l’après Holmes ». Pour les non-aficionados du personnage d’Arthur Conan Doyle, il faut savoir que le succès de ses enquêtes fut tel qu’il tenta une première retraite de son personnage, mais face à la pression du public, il écrivit  les Nouvelles Enquêtes de Sherlock Holmes. Cependant ce ne fut pas encore assez, et Conan Doyle ne vit alors qu’une seule issue : éliminer son personnage. Un acte radical mais peut être pas irréversible. En effet, il choisit de le faire disparaître aux Chutes de Reichenbach dans une lutte au corps à corps avec son ennemi de toujours le professeur Moriarty.

C’est le point de départ de notre série, dans laquelle Brunschwig choisit d’explorer l’après Holmes. Avant de disparaître, celui-ci eut le temps de laisser à son compère et ami le docteur Watson une lettre expliquant le contexte de sa disparition. Cette lettre de Conan Doyle est notre porte d’entrée dans cette nouvelle enquête. Pourquoi une telle lutte ? Quel était la raison de ce animosité entre Holmes et Moriarty, anciennement son professeur ? Qui peut prendre la relève ? Alors que pour Mycroft le frère de Holmes, Sherlock, héroïnomane, ne supportait pas de perdre ses capacités intellectuelles et détruit les documents hérités, pour Watson les pistes se brouillent et le passé de son collaborateur se dévoile au cours d’une enquête qui le mènera avec sa Femme en Europe, au coeur de la famille Holmes. Les deux hommes se font face à face, l’un tentant de camoufler la prétendue folie de son frère, le second souhaitant lui rendre un ultime hommage en résolvant ce funeste mystère.

Pour ma part, la couverture sombre et léchée de Cecil a été un coup de coeur esthétique immédiat, j’ai été séduite d’emblée par son univers graphique. Véritable enquête, j’ai très vite été absorbée par le récit qui vous entraîne par son rythme et son originalité. L’approche de Luc Brunschwig est très respectueuse de l’univers de Conan Doyle tout en proposant à son tour une prolongation captivante de l’œuvre. Ce regard neuf sur la jeunesse et la famille de Sherlock complète à merveille la biographie du célèbre détective. Cette intrigue n’a pas à rougir de l’original. Une série addictive dont j’attends la suite impatiemment.

Holmes
Cécil & Brunschwig
Editions Futuropolis

 

 

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Communardes !

 

Cette série est un petit bonbon qui allie plaisir avec découverte !

Paris, 1871. L’armistice avec la Prusse vient d’être signée dans la Galerie des Glaces du Château de Versailles mais est violemment accueillie alors que des élections législatives sont précipitées. La défaite reste douloureuse. Le siège a été dur.  La plus grande partie des représentants élus de la capitale sont en faveur de la guerre et ne s’avouent pas vaincus. De mars à mai, la France est divisée en deux : le gouvernement Thiers à Versailles  et la Commune à Paris. C’est à cette période au souffle révolutionnaire puissant mais pourtant méconnu que Wilfrid Lupano a choisi de consacrer sa trilogie. Si des mesures emblématiques de la future République Française verront le jour quelques décennies plus tard (la séparation de l’Eglise avec l’Etat, l’instruction gratuite et obligatoire, l’amélioration des conditions de travail), la Commune est aussi le terreau fertile dans lequel s’ancre les prémices de la libération de la Femme !

Communardes : un triptyque historique original et passionnant !

Au fil des albums, vous rencontrez  en chemin :  une aristocrate russe appartenant à l’Internationale et  « envoyée » par Karl Marx, une jeune fille idéaliste qui tente de sauver les éléphants du Jardin d’acclimatation, et aussi une jeune servante et ouvrière qui prendra les barricades.

Basé sur un personnage véritable (Elizabeth Dmitrieff a réellement existé) ou sur des faits réels (les zoos et jardins de la Ville ont été mis à contribution pour nourrir la Ville affamée, enfin les aristocrates), les scénari sont le fruit d’une documentation solide sur la révolution dans la révolution. L’équilibre est à la hauteur du pari : revisiter sous l’angle des femmes cette portion d’histoire entre histoire et fiction. Malgré le réalisme de ces heures sombres, la poésie est aussi au rendez-vous. Trois dessinateurs différents ont été sollicités pour participer à cette aventure : Lucy Mazel, Anthony Jean et Xavier Fourquemin. Et si chacun possède sont propre univers, la trilogie garde une cohérence et une force très vive. L’effet est convaincant comme  le montre mes lectures à venir ci-dessous !

J’ai découvert ce scénariste avec cette trilogie et déjà j’ai inscrit sur ma PAL du même auteur : Les Vieux fourneaux, ainsi que L’Homme qui n’aimait pas les armes à feu (mon inénarrable amour pour les Etats-Unis).
Les deux séries de Xavier Fourquemin Miss Endicott (ambiance victorienne :-D) ainsi que Outlaw (que je connaissais de nom comme Les Vieux fourneaux … encore une BD western  🙂 ) s’y sont également greffés ! Les superbes illustrations de Lucy Mazel m’ont également donné envie de découvrir plus encore son univers. L’illustratrice est en pleine actualité éditoriale avec la sortie d’Edelweiss, une histoire d’amour dans l’après-guerre.  Anthony Jean a signé une version illustrée de l’Odyssée d’Homère. Cet opus rejoindra très certainement les étagères de mon aînée passionnée de mythologie.  Un coffret regroupant les trois tomes de Communardes doit être publié courant novembre !

 

Communardes !
Wilfrid Lupano
L’aristocrate fantôme (dessin Xavier Fourquemin)
Les Eléphants rouges (dessin Lucy Mazel)
Nous ne dirons rien de leurs femelles (dessin Anthony Jean)
Editions Vents d’Ouest

À voir

Editions Vents d’Ouest
Lucy Mazel, et ici aussi,  Xavier FourqueminAnthony Jean (où vous pourrez découvrir une admirable version du joker)

 

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La baleine thébaïde de Pierre Raufast

En octobre, je lus une petite annonce intrigante dans Libération, à la rubrique « recherche d’emploi » :
Elle appelle dans un sempiternel silence. Baleinier recherche matelot pour expédition scientifique dans l’océan Pacifique nord. Débutant aimant thébaïde bienvenu.
Thébaïde. Le mot me plut. « Lieu sauvage, isolé et paisible, où l’on mène une vie retirée et calme », selon le dictionnaire.
Un poème de Théophile Gautier me revint à l’esprit.

La baleine thébaïde Richeville est un jeune homme à l’homme prometteur et semble-t-il tout tracé. Tout droit sorti de l’ESSEC, il pourrait gravir l’ascenseur social aisément, mais ce n’est pas compter sur sa lucidité quant à sa fibre commerciale et son idéalisme : faire quelque chose qui change le monde. Ce tête des grandes passions et des  destins exceptionnels qui chez le jeune homme est empreinte de simplicité et de désintérêt. C’est alors qu’au détour d’une annonce et d’un entretien, il embarque sur l’Hirundo comme matelot pour une expédition scientifique. Il s’agit de localiser et d’étudier la baleine 52, une exception dans son genre : elle est ainsi baptisée car elle ne peut émette qu’à 52 herz, ce qui la rend incapable de se faire entendre de ses congénères et la condamne à une solitude irrémédiable. Richeville, timide orphelin, se sent profondément connecté à l’animal en qui il voit une sœur de solitude. Aussi il s’engage dans l’aventure mais les choses ne vont pas exactement se passer tel que prévu sur le papier ….

Quatre voix pour une histoire

Pierre Raufast signe encore un roman d’une grande inventivité. Il y a du Voltaire tant l’histoire de Richeville n’est pas sans rappeler un Candide tragi-comique. Mais bien plus encore, car après  la Fractale des raviolis et La Variante chilienne, ce troisième roman vous embarque dans une histoire initiatique mêlant sciences et poésie, humour acide et mélancolie. Quatre voix différentes vous présentent l’histoire de Richeville et de la baleine 52.

C’est un roman grave et drôle  à la fois sur la solitude, le progrès technologique et l’éthique. Un roman de société qui met vie trois grands enjeux de notre temps, ni savamment, ni pesamment, car avec Pierre Raufast, documenté ne veut jamais dire boursouflé et grave barbant. Une écriture habile et vivifiante comme il y en faudrait – beaucoup – plus !

 

La baleine thébaïde
Pierre Raufast
Editions Alma
217 pages. 18,50€. ISBN 9782362792090

À voir
Pierre Raufast
éditions Alma

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Astrid Bromure, comment dézinguer la petite souris

Astrid Bromure

Et si c’était la véritable histoire non-officielle de la petite souris …

Astrid Bromure est une jeune fille de bonne société, entourée d’une cuisinière, Madame Dottie, et du majordome Benchley, qui veillent au grain lors des absences de ses parents. Entourée également du chat Gatsby et du chien Fitzgerald, elle n’arrive cependant pas à tuer son ennui du haut de sa très chic maison, perchée au plus d’un immense gratte-ciel new-yorkais. Or la patience n’est pas ce qui caractérise la jeune enfant … habituée d’ailleurs à être occupée ou à s’occuper en faisant des bêtises. Il faut dire qu’elle a du répondant et un sacré caractère attendrissant et un brin agaçant.
Fort heureusement, un évènement inattendu va sauver la jeune fille de son ennui au grand dam de ses gardiens : elle a une dent qui bouge ! Mais pas question de croire à ces bêtises de petite souris, elle compte bien prouver sa non-existence ou bien à l’attraper ! Ce qu’elle attrape la laisse pantoise : un tube de dentifrice chocolat-vanille que ses compagnons de tous les jours se défendent bien d’avoir déposé. Une enquête en vue par l’impertinente curieuse …

Astrid Bromure
Astrid Bromure : comment dézinguer la petite souris / Fabrice Parme, ed. Rue de Sèvres

Des enfants et des parents gâtés

Voilà une bien rafraîchissante bande-dessinée jeunesse ! D’abord, elle m’est arrivée dans les mains par hasard, ramenée par une jeune lectrice du même âge que ma fille. J’ai alors vite craqué pour le dessin, puis par le titre qui n’était pas sans me rappeler les albums Comment ratatiner les loups / les sorcières. Succès assuré à la maison donc en prévision, mais dans les faits ? C’est un carton plein auprès de l’aînée et de mini-pousse. Fille ou garçon, elle a été dévorée et partagée : de jolis moments d’humour sont mis en scène, les textes sont irrésistibles et par sa verve la petite peut faire penser parfois à un Pico Bogue.
Le dessin fait revivre une époque surannée avec un charme art-déco discret mais assumé. Enfin, ce qui est non négligeable, non seulement l’histoire de la petite souris n’est pas traitée de façon doucereuse, mais toute une réflexion est proposée autour de la publicité.

Une BD qui fait rire et réfléchir, un album déjanté et pétillant à souhait, une lecture parfaite !

Si vous êtes conquis, deux autres tomes vous attendent : Comment atomiser les fantômes et Comment épingler l’enfant sauvage. Un quatrième tome : comment lyophiliser le monstre du Loch Ness est en préparation.

Astrid Bromure : comment dézinguer la petite souris
Fabrice Parme
Editions Rue de Sèvres
30 pages. 10,50€. ISBN :9782369811404

Fabrice Parme
Editions Rue de Sèvres

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Petit pays de Gaël Faye

Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance. Ce qui me paraît bien plus cruel encore.

Petit Pays Gaël FayeUne critique de plus ? Je ne saurai dire le nombre de critiques parues sur ce petit bijou, mais si d’habitude j’affirme que ce n’est pas forcément le nombre qui font la raison, il est évident que le cas échéant, il s’agit de l’exception qui confirme la règle. Il faut lire Petit pays pour découvrir une histoire bouleversante, celle d’enfance, écrite  avec poésie, à fleur de peau, mêlant tendresse et nostalgie. Petit Pays est un texte délicat comme l’Histoire du génocide rwandais, qui enfle et prend sa place dans la vie de ce jeune garçon de 10 ans, qui rêve de devenir mécanicien pour réparer les choses.
Nous sommes de la même génération, et le génocide rwandais fait partie de mes premiers souvenirs historiques télévisuels avec la Chute du Mur de Berlin. 10 ans et un regard qui ne comprenait pas grand chose à cette histoire d’hommes, un effroi face aux images des charniers et des corps dans les fleuves. Des adultes, mais des enfants ?
C’est donc avec une émotion certaine que j’ai lu ce court roman, d’un enfant comme moi, qui vécut ces évènements. Malgré la violence des évènements dont Gaël Faye nous protège en les tenant à distance avec ce regard d’enfant, vous découvrirez un pays aux odeurs et aux goûts ensorcelants, vous associerez les bougainvilliers à son quartier à Bujumbura, les impasses aux jeux d’enfant. C’est une histoire d’enfance, vous dis-je, Un souffle de vie, malgré la noirceur des évènements auxquels sont confrontés Gabriel et sa bande de copains. Vous y trouverez donc des jeux d’enfant, des luttes de territoires à la hauteur de petit d’homme, des rires, des émois … et du chagrin aussi face à un monde qui s’efface laissant place à une incertitude et un vide. Une question bien universelle développée par un grand livre.

Petit Pays est le premier roman de Gaël Faye qui est habitué à manier la plume en tant que musicien et slammeur. Je vous laisse découvrir ses talents avec la chanson « Petit pays » tiré de son album « Pili-pili sur un croissant au beurre » (2013)

Petit pays
Gaël Faye
Editions Grasset
224 pages. 18€. ISBN 9782246857334

Les éditions Grasset
Un extrait de Petit Pays
Gaël Faye

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